CONFÉRENCES

 

Sexe, rigolade et thérapie

Stéphane Rusinek, Pr. de Psychologie (Lille)

Un vieil adage à l’origine obscure veut qu’un fou rire vaille un bon steak. Cet éclat émotionnel exprimant normalement la joie et déclenché par cette chose indéfinissable qu’est l’humour, est depuis longtemps associé au bien-être. Dans les groupes de psychothérapies à base de rire qui se développent actuellement, on lui confère des effets bénéfique sur la santé en général, sur l’état psychologique, sur le système immunitaire, les maladies cardiaques… Il est aussi essentiel dans les rapports entre les individus et il augmenterait la confiance en soi. Les récents travaux de Berk et de son équipe mettent en évidence les effets du rire sur la sphère biologique. Des fluctuations de certains indices sanguins immunitaires sont mesurées tandis que des individus en bonne santé regardent un film humoristique, et les effets du film et de ses conséquences émotionnelles apparaissent. Si les individus sont en moins bonne santé, souffrent de problèmes cardiaques, il est aussi relaté qu’une demi-heure par jour de film humoristique réduit les troubles rythmiques, la tension artérielle et les risques d’infarctus. La production d’hormones comme les endorphines augmenterait à l’idée même d’aller voir un film comique.

Mais n’oublions pas que le rire est associé à la joie, qui comme toute émotion primaire, selon Darwin et les successeurs à sa pensée comme Lazarus, a une utilité adaptative. Elle permettrait en réalité de favoriser le rapprochement entre les individus d’une même espèce et donc de favoriser la reproduction. Ridley et ses collaborateurs ont d’ailleurs montré que les émotions positives, ressenties pendant une seule journée, sont associées chez tous les participants de leur étude (hommes, femmes, hétéro- et homosexuels) à des comportements sexuels plus conséquents et que les personnes rapportant généralement des sentiments positifs forts rapportent aussi des activités sexuelles plus fréquentes. Dans la même veine, Nobre et Pinto-Gouveia ont constaté chez des hommes et des femmes, que plus les individus ont de pensées automatiques négatives, moins ils sont répondant sexuellement et que les émotions négatives pendant l'activité sexuelle sont inversement corrélées avec l'intensité de l'expression sexuelle, que les émotions positives sont corrélées positivement avec les réponses sexuelles. De là à dire que « femme qui rit à moitié dans son lit », il n’y a qu’un pas. Toutefois, ce pas n’est pas réellement franchi expérimentalement, puisque Both et Van Uden, très récemment, en induisant des émotions positives et négatives chez des femmes juste avant de leur projeter des films érotiques, et en mesurant simultanément leur arousal génital, ont observé que ce dernier est le même quelle que soit l’humeur induite. Bien que la tristesse entraine un état subjectif d’arousal sexuel plus faible que la joie. La réalité serait peut-être que « femme qui rit est voulue dans son lit » puisque comme Bresseler et ses collaborateurs l’ont montré, les hommes sont plus attirés par les femmes réceptives à leur humour, tandis qu’ils le seraient moins par les femmes productrices d’humour.

Partant de ces données, nous avons mené, trois petites études à la méthodologie parfois discutable, pour savoir si effectivement la joie et le rire peuvent conduire à augmenter les chances de relations sexuelles. Nous présenterons les résultats qui, en partie, redonneront quelque espoir aux hommes qui n’ont pour eux que leur humour.

References

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Lazarus, R. S. (1991a). Emotion and Adaptation. Oxford: Oxford University Press.

Nobre, P. J., & Pinto-Gouveia, J. (2003). Sexual modes questionnaire : Measure to assess the interaction among cognitions, emotions, and sexual response. The Journal of Sex Research, 40 (4), 368-382.

Ridley, C., Ogolsky, B., Payne, P., Totenhagen, C., & Cate, R. (2008). Sexual expression : Its emotional context in heterosexual, gay, and lesbian couples. The Journal of Sex Research, 45(3), 305-314.

 

 

Sexualité et réalité

Didier Pleux, Psychologue (Caen)

 

Après la « révolution sexuelle » des années 60, tout semble facile pour épanouir sa sexualité : la destruction des tabous de toutes sortes et l’apparition d’une contraception simple favorisent la liberté de vivre les fantasmes et désirs aussi personnels et variés soient-ils. Pourtant, nos cabinets de consultations « psy » reçoivent toujours autant de patients peu épanouis, voire inhibés, ou au contraire trop « consommateurs ». Des difficultés du couple autour du « désir » jusqu’aux pathologies des addictions sexuelles (le syndrome « DSK »), nous ferons l’inventaire des pensées irrationnelles autour du sujet. En reprenant l’hypothèse de la « Psychothérapie Émotivo-Rationnelle » d’Albert Ellis, nous verrons comment certaines attentes ou exigences sur les « devoirs » du partenaire peuvent anéantir un couple. Nous travaillerons ensuite sur les « philosophies de vie » délétères, et, en particulier, sur l’absolu de la « jouissance immédiate » ou « intolérance aux frustrations »…

 Ainsi, toutes les émotions dysfonctionnelles qui génèrent des blocages ou favorisent les passages à l’acte déviants seront évoquées. Le fil conducteur de l’exposé sera, bien entendu, d’évoquer ce souhaitable équilibre à trouver entre « plaisir » et « réalité », entre « Soi » et « Autrui ». L’hypothèse d’une « sexualité rationnelle » sera proposée.

La « conscience morale » peut elle s’inviter dans la sexualité » ou resterons-nous figés à l’opposition classique entre le « Dyonisiaque » et l’« Appolinien » ? Peut-on humaniser le désir en sachant vivre la jouissance immédiate de l’hédonisme à court terme tout en  apprenant aussi l’hédonisme à moyen et long terme ?

 Nous verrons donc comment l’élaboration d’une véritable philosophie de vie peut aider à l’épanouissement sexuel.

  

 

Apports des neurosciences à la pratique clinique

Stéphanie Hahusseau, Psychiatre (Toulouse)

 

Il semble que le regroupement syndromique proposé dans la conception catégorielle des troubles mentaux ne permette plus aujourd’hui des avancées ni  étiologiques, ni thérapeutiques suffisantes. D’autres perspectives sont donc nécessaires.

Parce que pour l’instant, des consensus de prise en charge peinent à émerger, il semble important de développer une curiosité vis-à-vis des neurosciences. Ainsi, au vu des études sur l’impact des  expériences émotionnelles stressantes précoces sur la santé mentale et générale, prendre en compte ces facteurs étiologiques pourrait s’avérer utile.

L’essor des recherches  centrées sur l’étude des unités élémentaires comme les émotions a fait évoluer la compréhension et l’utilisation des processus qui amènent à les réguler. Ainsi, un mécanisme cérébral comme l’intéroception semble très prometteur pour favoriser un retour à l’homéostasie émotionnelle. Et les circuits empruntés par ce processus nécessitent une participation du système nerveux autonome dont on peut facilement observer indirectement l’activité en pratique clinique.  

Loin d’être une revue exhaustive des neurosciences, le sujet étant trop vaste, l’ambition de cette communication est de stimuler l’envie de voir à coté de ce qui est actuellement éclairé par  le lampadaire.

 

Ruminations : De la conceptualisation transdiagnostique à l’intervention

Céline Douilliez, Psychologue (Lille)

  

Les ruminations dépressives — définies comme des pensées répétitives et passives centrées sur la symptomatologie dépressive et sur ses causes, conséquences et implications éventuelles (Nolen-Hoeksema, 1991) — ont été identifiées comme un processus cognitif central dans l’installation, le maintien et la récurrence des épisodes dépressifs. Plus récemment, une nouvelle approche de la psychopathologie cognitive adoptant une perspective transdiagnostique a suggéré que la rumination, et plus largement les pensées répétitives, prolongées et récurrentes à propos de nos préoccupations et de nos expériences personnelles, contribuent au développement et au maintien d’au moins 13 troubles différents, parmi lesquels la dépression, la phobie sociale, les troubles liés à l’alcool, ou encore les troubles des conduites alimentaires(e.g., Harvey, Watkins, Mansell, & Shafran, 2004 ; Watkins, 2008 ; pour une revue en français, voir Baeyens, Kornacka, & Douilliez, 2012). Nous mettrons en évidence ce qui distingue les pensées répétitives communes à tous les individus des pensées répétitives caractéristiques de divers états psychopathologiques. Nous présenterons ensuite les principales théories permettant de rendre compte du rôle délétère de ces pensées répétitives selon une approche transdiagnostique. Enfin, nous aborderons de nouvelles pistes d’interventions centrées sur les pensées répétitives.

 

 

Bibliographie

Baeyens, C., Kornacka, M., & Douilliez, C. (2012). De la dépression à une perspective transdiagnostique: Conceptualisation et interventions sur les ruminations mentales. Revue Francophone de Clinique Comportementale et Cognitive, 17, 66-85.

Douilliez, C., & Philippot, P.  (2012). Pensées répétitives constructives et non constructives chez les perfectionnistes inadaptés. Journal de Thérapie Comportementale et Cognitive., 22, 68-74

Harvey, A. G., Watkins, E., Mansell, W., & Shafran, R. (2004). Cognitive behavioural processes across psychological disorders: A transdiagnostic approach to research and treatment. Oxford: Oxford University Press.

Nolen-Hoeksema, S. (1991). Responses to depression and their effects on the duration of depressive episodes. Journal of Abnormal Psychology, 100, 569-82.

Watkins, E. R. (2008). Constructive and unconstructive repetitive thought. Psychological Bulletin, 134, 163-206.

Watkins, E. R. (2011). Dysregulation in level of goal and action identification across psychological disorders.

Clinical Psychology Review, 31, 260-278.

 

 

ACT, dysmorphophobie et troubles du comportement

Sophie Cheval, Psychologue (Paris)

 

 La thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) postule que les efforts pour échapper aux pensées, aux émotions et aux sensations douloureuses sont étiologiques des troubles psychologiques.  Vérifier sans cesse son apparence dans le miroir, ou au contraire chercher à ne pas y être confronté (dans la dysmorphophobie), manger de façon compulsive, se priver de nourriture ou se faire vomir (dans les troubles alimentaires)…Tous ces comportements possèdent la même fonction : ils constituent des tentatives d’évitement des événements psychologiques pénibles.

Or ces comportements sont aussi à l’origine de la souffrance psychologique, car ils entraînent une perte de flexibilité psychologique et restreignent le répertoire comportemental.

L‘ACT vise à restaurer cette flexibilité psychologique, en permettant aux patients de recouvrer leur capacité à choisir leurs actions, même en présence d’événements psychologiques désagréables.

Cette communication sera l’occasion de présenter l’application des six axes thérapeutiques de l’ACT à la dysmorphophobie et aux troubles du comportement alimentaire :

1)    L’acceptation des pensées, émotions et sensations désagréables liés à l’apparence physique ou à la nourriture,

2)    La défusion des pensées sur le corps et sur les aliments,

3)    Le changement de perspective sur soi (se considérer comme le contexte d’apparition des événements psychologiques en lien avec le corps ou la nourriture, et non plus comme leur auteur ou leur objet),

4)    Le contact avec l’instant présent (se focaliser sur l’expérience vécue, afin de limiter l’influence des pensées à propos de l’apparence ou du comportement alimentaire),

5)    Les valeurs (les grandes orientations que le patient souhaite donner à son existence, sources de renforçateurs inépuisables, souvent bafouées par la lutte menée contre le corps ou contre la nourriture),

6)    L’engagement dans l’action (développer les comportements qui vont dans le sens des valeurs du patient : agir vers ce qui compte profondément pour lui, même en présence d’événements psychologiques pénibles liés à l’apparence physique ou aux aliments).

Chacun de ces axes sera illustré avec des exemples cliniques.

 

Bibliographie :

 

- MONESTES J.-L., VILLATTE M. : « La thérapie d’acceptation et d’engagement : ACT », MASSON, Pratiques en psychothérapie, 2011

- CHEVAL S., MONESTES J.-L., VILLATTE M. : « Accepter son apparence physique : apports de l’acceptation dans les problématiques d’image corporelle », in Pleine Conscience et Acceptation, Les thérapies de la troisième vague, sous la Direction d’I. KOTSOU et A. HEEREN, DE BOECK, Carrefour des psychothérapies, 2011

- CHEVAL S. : « Comprendre et traiter le trouble dysmorphophobique avec la thérapie d'acceptation et d'engagement », Magazine ACT, Juin 2010, Hors-Série n°3, p.14 :

 

 

Nouvelles pistes dans le traitement de la pédophilie

Pascal de Sutter, Pr de Psychologie (Louvain-la-Neuve - Belgique)

 

 Introduction

La pédophilie est un sujet soulevant énormément d’émotion car il touche à des valeurs fondamentales. Il en découle souvent des inquiétudes et appréhensions dans la prise en charge thérapeutique des sujets qui en souffrent. Ces craintes ne sont pas dénuées de fondement dans la mesure où une partie des patients présentant un comportement dit « pédophilique » sont en fait des psychopathes. Et l’on sait que le traitement de la psychopathie est ardu et les résultats peu convaincants. Une autre partie des sujets pédophiles sont atteint d’une forme ou d’une autre de déficience mentale. Dans ces deux cas, les traitements relèvent davantage de la psychiatrie ou de la psychologie clinique que de la sexologie clinique.

Cependant, il existe des sujets qui sont sains d’esprit, psychologiquement équilibrés (ils n’ont pas une personnalité antisociale et ne sont ni violents, ni sadiques) et qui pourtant éprouvent une attirance sexuelle intense pour les enfants. Ce sont ces sujets que nous proposons de traiter par la Sexothérapie Cognitivo-Comportementale (STCC). Précisons que le traitement proposé ne peut fonctionner qu’avec des individus qui sont conscients que leur sexualité est problématique et admettent qu’elle peut causer du tort à l’enfant.

Définition

La définition de la pédophilie ne fait pas consensus. Selon le DSM-IV-TR, trois critères sont utilisés pour diagnostiquer la pédophilie :

 a) la survenue récurrente et fortement excitante sexuellement, de fantasmes, de désirs sexuels ou de comportements impliquant une activité sexuelle avec un ou des enfants non pubère(s) (généralement âgé(s) de 13 ans ou moins) sur une période d'au moins six mois ;

b) ces désirs sexuels ont été suivis de passage(s) à l'acte, ou bien ces désirs, ou fantasmes sont à l'origine d'une détresse marquée, ou de difficultés importantes dans les relations interpersonnelles ;

c) le patient a au moins 16 ans et a au moins cinq ans de plus que le, ou les enfant(s) mentionnés dans le critère (a)

Les points a et b peuvent être précisés. Si le sujet se limite à des fantasmes et des désirs sexuels orientés vers les enfants, mais sans passage à l’acte, on peut parler de pédophilie fantasmatique (PF). Dans le cas où le sujet passe à l’acte avec un ou des enfants on utilisera préférentiellement le terme de pédosexualité (PS). Le point c est critiqué par de nombreux auteurs et fait débat. Il convient aussi de distinguer les patients dont la PF ou la PS est exclusive de ceux qui sont capable, par ailleurs d’avoir des relations sexuelles avec des adultes.  Il convient aussi de préciser que si tous les patients PS ont des comportements sexuels avec les enfants, tous les agresseurs sexuels d’enfants ne sont pas des pédophiles.

Diagnostic

La première étape consiste à évaluer la santé mentale du patient. Et pour ce qui concerne le traitement que nous proposons, ils convient d’éliminer les sujets avec un retard mental marqué ou les sujets à personnalité antisociale ou psychopathique. Il reste alors les sujets qui bien qu’ayant des fantasmes pédophiliques (PF) et/ou des comportements sexuels avec les enfants (PS) souffrent de cette situation et souhaitent la changer. Il existe cependant un problème de motivation comparable à celui que l’on retrouve chez les patients souffrant de paraphilie et/ou hypersexualité. En outre, la perception actuelle du pédophile dans notre société est si négative qu’il est très difficile de l’admettre pour le patient. Aussi, les patients qui consultent spontanément pour PS ou PF sont très rares. C’est en général suite à une procédure juridique qu’ils sont amenés à consulter. PF ou PS peut être homosexuelle ou hétérosexuelle. Il s’agit généralement d’un trouble de l’orientation sexuelle. C'est-à-dire que leur désir, leur excitation, leur envie de rapports sexuels est orientée vers les enfants plutôt que les adultes. 

Etiologie

L’étiologie est fort complexe. Elle peut cependant se résumer en trois facteurs, inspirés de ceux de Finkelhor et Araji[1]:

 

  1. Congruence et immaturité émotionnelle : Le patient PF/PS est lui-même très infantile dans la gestion et l’expression de ses émotions intimes. Il se sent donc proche de l’enfant, en congruence avec lui. En outre, éprouvant un manque de confiance en soi (surtout sur le plan sexuel), il se sent plus à l’aise avec un individu jeune et inexpérimenté. Le sujet reste en harmonie, en congruence et en amour avec l’enfant qu’il fut autrefois. Le monde adulte est perçu comme menaçant sur le plan intime et sexuel.
  2. Attirance sexuelle pour les enfants et blocage à une sexualité immature: Des masturbations précoces liées à des fantasmes de sexualité avec des enfants pourraient conditionner ultérieurement l’univers fantasmatique du sujet. Au lieu de fantasmer sur des femmes adultes (même en étant soi-même adolescent) le sujet se conditionne à s’exciter sur des enfants de son âge ou plus jeune. Par la suite il grandit mais ses fantasmes érotiques restent "bloqués" à un stade infantile. Les fantaisies érotiques sont immatures et consistent souvent à imaginer des jeux dit de « touche pipi » habituels chez les enfants mais dysfonctionnels chez l’adulte.   
  3. Désinhibition sexuelle : Le patient qui passe à l’acte semble posséder une faible capacité à gérer ou vouloir gérer ses pulsions sexuelles. Il se construit alors un schéma qui est moralement acceptable pour lui. Par exemple, il va concevoir un nouveau cadre moral qui arrange sa conscience mais lui permet le passage à l’acte sexuel avec l’enfant. Ils rationnalisent leurs envies sexuelles en les "enrobant" parfois d’un discours politico-psychologique libertaire.

  

Ces trois facteurs ne sont pas systématiquement présents chez tous les patients PF/PS mais cela peut servir de départ à une analyse fonctionnelle du sujet et ouvre des pistes de traitement

Traitement

La motivation est souvent problématique chez ce type de sujets. Cependant, la perspective de se débarrasser définitivement d’un comportement et/ou de fantasmes qui entraînent une très forte réprobation sociale peut être une motivation suffisante. A cela s’ajoute  la crainte de poursuite judiciaires et la perspective plus positive de vivre une forme de sexualité plus épanouissante. Par ailleurs, le sexothérapeute doit s’assurer au maximum que la patient ne récidivera pas ou ne commettra pas un premier délit. Il importe aussi de prévenir le patient que la confidentialité est assurée tant que le patient ne met pas en danger un enfant. Mais que si le patient pressent l’imminence d’une rechute inéluctable et en informe le sexothérapeute, ce dernier ne pourra garder cette information confidentielle.

Analyse sexofonctionnelle : Dans un premier temps, il est important d’écouter l’histoire sexuelle du patient à court et à long terme. Le sexothérapeute a intérêt à se montrer le plus neutre possible. Ne pas juger le patient mais ne pas l’absoudre non plus. Une phase d’écoute non-jugeante renforce le lien thérapeutique et permet de mettre en lumière les mécanismes psycho-sexuels du sujet. L’erreur habituelle de nombreux psychologues et psychiatres est de négliger les comportements sexuels pour se focaliser essentiellement sur l’enfance générale et le vécu global du sujet. En cherchant bien, on finit évidemment toujours par trouver quelque chose qui ne va pas (mère castratrice, père absent, enfance troublée, etc.). Or, c’est dans la bonne compréhension du fonctionnement sexuel du sujet que se trouvent  les vraies solutions pour le traitement.

STCC

  1. Les thérapies existantes visent souvent à éviter le passage à l’acte. Nous estimons qu’il est plus intéressant de travailler bien plus en amont. Il s’agit de modifier les sources même de l’orientation sexuelle qui poussent le patient à préférer les enfants aux adultes. D’aucun estiment qu’il est impossible de changer nos goûts et dégoûts sexuels et à fortiori notre orientation. Si le thérapeute est lui-même convaincu qu’on ne peut modifier son attirance sexuelle profonde, il y a peu de chance que le patient y croie. On se retrouve alors dans la situation où le pédophile se persuade qu’il sera toujours pédophile et que dans le meilleur des cas, il deviendra simplement un pédophile abstinent. Comme pour l’ensemble des paraphilies, nous pensons que le dogme de l’invariabilité des attirances sexuelles n’est pas fondé. En effet, chez le sujet sain, les attirances sexuelles varient parfois considérablement au cours de l’existence. Si certaines préférences sexuelles restent inchangées tout au long de la vie, beaucoup d’autres évoluent de manière parfois radicale. Il est donc intéressant de chercher à comprendre avec le patient pédophile pourquoi il reste "bloqué" à cette préférence infantile.
  2. L’explication se trouve partiellement dans une série de cognitions positives à propos de la sexualité avec les enfants : le sexe avec les enfants serait plus pur, plus propre, plus beau, plus sain, plus spontané, plus innocent, plus naturel, plus doux, plus ludique, etc. A contrario, le patient entretient une série de cognitions négatives sur la sexualité adulte : c’est sale, dangereux, brutal, compétitif, pornographique, poilu, odorant, performant, technique, etc. Un travail de restructuration cognitive est donc souvent indispensable. Une autre explication se trouve dans une forme d’"adultophobie" dont souffrent certains pédophiles. Non seulement ils n’éprouvent pas d’attirance sexuelle pour les adultes, mais ressentent un profond dégoût ou une véritable peur-panique à l’idée d’engager une interaction sexuelle avec une personne de leur âge. Ce type de phobie sexuelle peut être traitée par la sexothérapie cognitivo-comportementale. Toutefois, une part de la peur de l’adulte réside aussi dans le sentiment d’incompétence sexuelle du sujet. Un travail d’éducation sexuelle est aussi indispensable à mener.
  3. En résumé, il existe quatre axes thérapeutiques.
  4. Restructurations cognitives quant aux croyances sur la sexualité
  5. Travail sur l’adultophobie
  6. Modifications comportementales dans les procédés masturbatoires et autres habitudes sexuelles
  7. Gestion des émotions
  8. Education érotique et sexuelle

 

Conclusion

Il est parfois difficile de comprendre le fonctionnement sexuel des patients souffrant de pédophilie et pédosexualité. Pourtant, grâce à l’analyse sexologique fonctionnelle, on finit généralement par découvrir la « logique du système » du patient. Même les comportements qui nous paraissent les plus absurdes et révoltants suivent leur propre logique. A partir de cette compréhension, on peut poser les jalons d’une sexothérapie cognitivo-comportementale. Aujourd’hui encore, les résultats thérapeutiques par des méthodes psychologiques classiques pour ces types de problématiques sexuelles sont souvent très décevants. Aussi, les nouvelles pistes offertes par la STCC avec des techniques innovantes, semblent prometteuses. Des résultats cliniques très positifs sont obtenus et nous attendons la confirmation par les recherches menées actuellement.

 

Bibliographie

Poudat F. X. & al. (2012) « Sexualité, couple et TCC » Volume 1. Les difficultés sexuelles.

Collart Pierre (2005) « Les abuseurs sexuels d’enfants et leur rapport à la norme sociale » Academia Bruylant.

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Blanchard, R., Walson, M., Choy, A., Dickey, R., Klassen, P., Kuban, M. & Ferren, D. (1999) Pedophiles : Mental Retardation, Maternal Age and Sexual Orientation. Archives of Sexual Behavior, 28 (2), 111-127.

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Hall, R., & Hall, R. (2007). A Profile of Pedophilia: Definition, Characteristics of Offenders, Recidivism, Treatment Outcomes, and Forensic Issues. Mayo Clinic Proceedings. Mayo Clinic, 82(4), 457-471.

Aubut, J. (1993). "Les théories biologiques". In AUBUT J. et al., Les agresseurs sexuels. Théorie, évaluation et traitement. Montréal, Les Éditions de la Chenelière – Paris.

Cordier, B. (1999). Pédophilies et pédophiles : Ebauche d’une clinique. (p.137-148).  In Les sévices sexuel sur les enfants/sous la direction de Pierre-F. Chanoit et Jean de Verbizier. Erès : Ramonville Saint-Agne.

 

Dépression et activation comportementale

Hervé Montès, Psychiatre (Orléans)

 

L’activation comportementale est une thérapie brève et structurée de la dépression (épisode dépressif majeur au sens du DSM 4), dont l’objectif central est d’augmenter chez un patient les expériences de renforcements  positifs. Le trouble dépressif est considéré dans ce modèle comme consécutif au manque d’expérience de renforcement, et par un recours trop fréquent aux évitements comportementaux et aux attitudes de fuite.

L’activation comportementale est un protocole thérapeutique qui peut être considéré comme un traitement autonome ou s’intégrer, comme un temps particuliers, d’une thérapie comportementale et cognitive « classique » de la dépression. Les principes d’action thérapeutiques présentées pourront donc être utiles à tous thérapeute formé et pratiquant les TCC mais aussi à tous ceux qui sont intéressé par les modes d’interventions psychologiques, au sens large, dans les troubles dépressifs.

Cette session de formation reprendra les principes théoriques de l’activation comportementale, ses dix points fondamentaux seront explicités, et un protocole d’action sera présenté.

  

Thérapie des victimes de viols, quelles expositions

Aurore Seguin-Sabouraud, Psychiatre (Paris)

 

Les effets du traumatisme et notamment du viol continuent longtemps après que le trauma est eu lieu.  Le trauma a toujours des conséquences sur la représentation du monde, la confrontation à la mort ou à l’horreur modifie le rapport à soi mais aussi aux autres.

Le viol a en plus la « particularité » d’être la conséquence d’une volonté de pouvoir, de contrôle et de destruction de l’Autre. Il provoque une perte de contrôle, de confiance, de sécurité suscitant angoisse, vigilance, vérification et surtout évitement.

Il est évident alors que les conséquences vont être importantes tant sur le plan interpersonnel que sur le plan sexuel. Mais pas toujours comme on pourrait le prévoir ; en effet ces conséquences sexuelles ou relationnelles seront liées aux éléments que la personne souhaite éviter parce que liés à l’agression.  Il est donc important de comprendre comment les troubles se maintiennent, quels sont les évitements effectués,  pour proposer une exposition efficace

 

 L’approche motivationnelle avec les auteurs de violences sexuelles

en soins pénalement ordonnés

Jean Philippe Cano, Psychiatre (Tours)

 

La prise en charge d’un patient infracteur sexuel dans le cadre d’un soin pénalement ordonné pose fréquemment des difficultés en termes d’indication, de demande de soins « classique » et d’outils cliniques. Le suivi peut également susciter des contre-attitudes du thérapeute en miroir de la présentation clinique du patient.  Ces suivis, accompagnements ou véritables psychothérapies, nécessitent une adaptation du cadre thérapeutique quelle que soit l’approche. Il est également indispensable de prendre en compte la dimension criminologique inhérente aux faits et d’envisager une articulation avec les intervenants du milieu judiciaire (médecin coordonnateur, conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, éducateur, magistrats). La prise en charge doit rester globale (sociale, éducative, judiciaire) et pas seulement axée sur des soins.

 

Les auteurs de violences sexuelles condamnés ne sont pas tous en demande de soin et de changement et certains peuvent apparaître fermés ou opposants, sous diverses formes, à s’engager dans un suivi. La motivation au changement apparaît souvent extrinsèque. Des interventions trop hâtives ou maladroites risquent d’augmenter les résistances du patient et une escalade symétrique de la relation.  L’utilisation de techniques motivationnelles permettrait d’améliorer différents aspects de la prise en charge (meilleure adhésion, engagement plus long, baisse des résistances, …). Après des rappels cliniques et de principes généraux de prises en charge, nous présenterons une revue de la littérature concernant l’utilisation de l’entretien motivationnel chez les auteurs de violences sexuelles et développerons l’intérêt de cette approche.

 

BIBLIOGRAPHIE

Baron-Laforet S., Le soin pénalement obligé, intérêt et difficultés, Psychiatrie Française, n°2, 2010 

Burrowes N., Needs A., Time to contemplate change? A framework for assessing readiness to change with offenders. Aggression and violent behaviour, 2009, 14 : 39-49

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Tardif M., Forouzan E., Évaluation clinique des auteurs de violences sexuelles et organisation des réponses thérapeutiques. EMC Psychiatrie, 2012, 37. p -10

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 CONFÉRENCES DE CONSENSUS ET RAPPORTS :

1 - Collectif. Psychopathologie et traitements actuels des auteurs d'agression sexuelle : Conférence de consensus 22 et 23 novembre 2001.  Montrouge : John Libbey Eurotext, 2002, 581 p.

2 – H.A.S. Textes des recommandations pour la prise en charge des auteurs d’agressions sexuelles à l’encontre des mineurs de moins de 15 ans, juillet 2009

http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2010-03/aas_-recommandations.pdf

3 – Collectif. Rapport sur l’évaluation du dispositif de l’injonction de soins. Paris : IGAS, IGSJ, février 2011, 143 p.

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/114000147/

4 - Collectif. Guide de l’injonction de soins. Paris : Ministère de la Santé et des Sports, Ministère de la justice, septembre 2009, 67 p.

http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/guide_injonction_de_soins.pdf

5 – Collectif. Conférence de consensus sur l’expertise psychiatrique pénale : Audition publique 25 et 26 janvier 2007. Montrouge : John Libbey Eurotext, 2007

 

 

La remédiation cognitive en psychiatrie

David Levoyer, Psychiatre (Rennes)

  

La remédiation cognitive fait l’objet d’un intérêt croissant et leur place, dans le dispositif de soins et d’accompagnement des personnes souffrant de troubles psychiatriques, est directement issue des approches cognitives et comportementales dans le champ de la réhabilitation psychosociale. Elle permet la prise en charge des défaillances cognitives, à travers l’amélioration des fonctions déficitaires ou le développement de nouvelles stratégies cognitives destinées à pallier ces défaillances. Travaillant non sur les contenus mentaux mais sur les processus de traitement de l’information, et faisant le pari de mettre en œuvre la vicariance cognitive de chaque individu, elle est constituée d’un ensemble de stratégies (de restauration, de réorganisation d’adaptation) et d’outils variés qui visent une meilleure adaptabilité des compétences et une reprise de la capacité d’agir.

La pratique d’un programme de remédiation cognitive repose sur un bilan individuel pour mettre en évidence l’ensemble des potentialités et difficultés de la personne. Ce bilan doit comporter plusieurs modalités de repérage des troubles cognitifs et est toujours à interpréter en fonction de l’évaluation fonctionnelle globale et du projet poursuivi. La remédiation cognitive ne peut être utilisée que chez des patients stabilisés, et ne peut donc être pratiquée qu’en post-crise et après réduction du traitement médicamenteux à la posologie minimale efficace. Dans la mesure où un meilleur fonctionnement cognitif favorise le déroulement d’une psychothérapie et la participation aux soins groupaux de réhabilitation, il est pertinent d’introduire tôt la remédiation cognitive dans le parcours de soin, en amont d’interventions thérapeutiques utilisant la réflexion ou la symbolisation.

 

Nous présenterons ainsi un certain nombre de modalités de repérage des troubles cognitifs dans une pratique de secteur psychiatrique, puis la mise en œuvre d’outils ciblant soit la cognition dite « froide », soit la cognition dite « sociale ». Enfin nous aborderons les facteurs influençant la qualité de la remédiation cognitive, les nécessités organisationnelles pour la mettre en œuvre, ses bénéfices comme ses perspectives. L’exemple des maladies schizophréniques, archétype de la variabilité et de la diversité des défaillances cognitives, sera le fil conducteur de la présentation.

 

 Les approches cognitives et comportementales dans l’autisme

Aurélie Bucaille, Psychologue (Brest)

Céline Degrez,  (Brest)

Marina Brocard,  (Rennes)

Pauline Girard,  (Rennes

 

Les recommandations de la Haute Autorité de Santé ont été publiées en 2012, année où l’autisme a été déclaré grande cause nationale. Il s’agit d’un trouble du développement psychologique (CIM-10) dont certaines des particularités doivent être identifiées afin de proposer des accompagnements adaptés et individualisés.

Notre exposé s’attachera dans un premier temps à présenter succinctement les particularités cognitives et sensorielles puis dans un second temps, les approches cognitives et comportementales recommandées (ABA, TEACCH, PECS).

Cet exposé s’achèvera par une brève définition de la cognition sociale et une présentation des principes de remédiations cognitives proposées dans ce domaine (en individuel et dans les groupes d’habiletés sociales).

 

Distraction cognitive dans la sexualité : Intérêt thérapeutique de la 3ème vague

Nathalie Dessaux, Psychologue (Rennes)

 

Le rôle inhibiteur de l’interférence cognitive dans le développement de la réaction sexuelle a été mis en avant dès les premiers travaux de Masters et Johnson en 1970. De manière générale, on parle de distraction cognitive pour désigner toute activité mentale non érotique qui inhibe l’activité sexuelle : pensées sur soi, sur l’autre, sur la situation ou sur d’autres facteurs. L’individu est alors distrait de ses sensations et de ses autres signaux sexuels et l'attention n'est pas orientée vers les aspects agréables de l’expérience.

Il a souvent été fait mention du rôle de l’anxiété dans le développement de cette activité distractive et de nombreuses études se sont intéressées au contenu des cognitions présentes dans les dysfonctionnements sexuels. Dans une perspective processuelle, nous nous attacherons plutôt à mettre en évidence les processus cognitivo-émotionnels à l’œuvre dans la sexualité qui permettent le choix de stratégies thérapeutiques efficaces.

En nous appuyant sur le modèle de l’appréhension anxieuse de Barlow (2002), et sur celui de l’émotion en 5 composantes de Scherrer (2001), nous établirons en quoi l’excitation sexuelle est une émotion à part entière, dont le développement est entravé par les mêmes processus que ceux impliqués dans tous les troubles émotionnels : évaluation de la situation comme une menace, biais attentionnels, verbalisations internes sous formes de ruminations, évitements expérientiels. Ce sont précisément les processus visés par les TCC dites de la 3ème vague : Mindfulness et Thérapie d’acceptation et d’Engagement (ACT) pour lesquelles nous donnerons une illustration de leur utilisation dans les thérapies sexuelles.

 

Anxiété et cannabis à l’adolescence : Comment aider nos jeunes patients ?

Lucia Romo, Psychologue (Paris)

 

D’après les données de l’OFDT le cannabis représente la première drogue illicite consommée par les adolescents. En 2011, 41.5% d’adolescents ont déjà consommé du cannabis et la France est le pays Européen présentant le taux le plus élevé de consommation de cannabis, avec plus de 15% d’usagers réguliers  à 16 ans.

Dans les études réalisées  en population générale on retrouve chez les utilisateurs réguliers de cannabis des taux de prévalence entre 18% et 22% des troubles anxieux. Il est donc nécessaire de s‘intéresser à la prise en charge de cette problématique addictive chez nos jeunes.

Nous présenterons des programmes TCC pour la prise en charge des problèmes de cannabis. Parmi les interventions évoquées : les entretiens motivationnels, la gestion de contingences, les self-helps, les programmes sur internet, la thérapie familiale multidimensionnelle. Nous présentons de façon plus exhaustive le programme CANDIS (de Hoch et al (2007) et celui de Bruha (2012)

 

Prise en charge de l’addiction sexuelle

François-Xavier Poudat, Psychiatre (Nantes)

 

L’addiction sexuelle est un trouble addictif encore relativement peu ou mal connu en France malgré l’existence d’une réalité clinique, médiatique et sociétale. Elle se caractérise par une perte de contrôle croissante et une poursuite du comportement sexuel pathologique malgré les conséquences négatives et la souffrance de l’individu. Le sujet devient progressivement assujetti à sa sexualité comme priorité absolue faisant basculer celle-ci dans le registre du besoin plutôt que du plaisir. De cette préoccupation découle des répercutions thymiques (honte, culpabilité…), des répercutions familiales (négligence du partenaire, conflits, divorce), des répercutions physiques particulièrement des maladies sexuellement transmissibles (infection VIH). De plus les pratiques compulsives liées à la prostitution, à l’usage d’accessoires pornographiques, de lignes téléphoniques, d’internet peuvent entraîner des conséquences financières graves. Enfin ces comportements sont parfois associés à d’autres conduites addictives (alcool, drogue) et peuvent mener à des difficultés judiciaires ainsi que professionnelles….

Nous avons proposé à Nantes, dans le cadre de notre unité de soins sur les addictions comportementales, une prise en charge spécifique en T.C.C. Depuis maintenant quelques années, des programmes de soins pour dépendants sexuels ont été mis en place avec notamment une prise en charge de groupe en restructuration cognitive. Différentes étapes interactives prennent en compte l’analyse des composantes émotionnelles, cognitives et comportementales de la conduite addictive sexuelle, la définition du concept d’addiction sexuelle, la reconnaissance des pensées dysfonctionnelles et des schémas de croyance, le repérage des situations à risque et la mise en place des alternatives comportementales et cognitives. Parallèlement, dans le cadre de notre centre de recherche sur les addictions comportementales à Nantes, différentes études sont actuellement en cours permettant de mieux comprendre ce concept addictif et l’efficacité des prises en charge cognitivo-comportementales.

  

Bibliographie :        

- Poudat FX. La dépendance amoureuse. Paris : Odile Jacob ; 2005.

- Poudat FX. Bien vivre sa sexualité. Paris : Odile Jacob ; 2004.

- Poudat FX. Ouvrage collectif. Sexualité, couple et TCC. Les difficultés sexuelles vol. 1 Issy-les-Moulineaux : Elsevier Masson ; 2011.

- Poudat FX. Ouvrage collectif. Sexualité, couple et TCC. Les difficultés conjugales vol. 2 Issy-les-Moulineaux : Elsevier Masson ; 2011.

 

17/06/2013