Pour que la douleur ne devienne souffrance : entrainement à la pleine conscience et à l’acceptation

Thomas Busigny

 

La douleur chronique 

La douleur chronique concerne de nombreuses affections : migraine, arthrite, fibromyalgie, sclérose en plaque, cancer, maladie de Parkinson, polyarthrite rhumatoïde, lombalgie,… Les statistiques révèlent qu’une personne sur trois souffrirait de douleur chronique, une condition qui est associée à une baisse significative de la qualité de vie et un haut niveau de détresse psychologique. La douleur chronique entraine le plus souvent une dégradation du mode de vie dans les domaines privés et professionnels, la nécessité de renoncer à de nombreuses activités et des conséquences familiales et sociales considérables. 

La douleur chronique est une affection compliquée à prendre en charge, étant donné qu’elle combine des facteurs biologiques à un ensemble de facteurs psychologiques, émotionnels, cognitifs, comportementaux et sociaux. Les traitements médicamenteux sont parfois insuffisants et une personne sur deux ne voit pas sa douleur diminuer avec un traitement pharmacologique seul.

En conséquence, la prise en charge de la douleur nécessite la mise en place de traitements multimodaux. Depuis ces dernières années, une série d’approches non médicamenteuses se sont développées : sophrologie, relaxation, biofeedback, hypnose,… Parmi celles-ci, l'approche de méditation de pleine conscience est née aux Etats-Unis dans le cadre de cliniques du stress et de la douleur et a démontré son efficacité. 

La méditation de pleine conscience 

La méditation de pleine conscience est un entrainement à l’attention et à l’observation de son expérience vécue telle qu’elle se produit au moment présent (sensations, émotions, pensées). 

La pratique de la méditation de pleine conscience permet de développer :

  • La conscience : prendre conscience des processus mentaux automatiques, des sensations corporelles, des tonalités émotionnelles
  • L’attention : porter intentionnellement son attention sur l’expérience du moment présent, sans jugement
  • L’ouverture : s’ouvrir à de nouvelles possibilités, avec curiosité
  • L’acceptation : accueillir les expériences agréables et désagréables sans rien en faire
  • Le lâcher-prise : ne pas s’attacher à ses pensées, même celles qui reviennent souvent ou paraissent importantes
  • La bienveillance : agir avec douceur envers soi-même, adopter une attitude de compassion et de clémence 

La pratique de la Pleine Conscience permet de se dégager des automatismes psychologiques qui amplifient la détresse physique et psychique.

Elle apprend à observer avec attention, curiosité et bienveillance les sensations, émotions, pensées et tendances à l’action comme des phénomènes transitoires et à les accepter tels quels plutôt que d’y réagir par des automatismes (fuite, distraction, frustration, résignation, médicament,…). Cette attitude permet de réguler la souffrance psychologique et d’agir de manière congruente avec ses valeurs. 

Douleur et pleine conscience 

Les premières études menées sur les personnes souffrant de douleur chronique ont montré une réduction importante du niveau moyen de la douleur suite à un programme de 8 semaines d’apprentissage de la méditation de pleine conscience.  Ainsi, les patients douloureux chroniques présentent une réduction de plus de 50% de leur niveau de douleur après les 8 semaines d’entrainement. En plus de la douleur, les résultats montrent des changements chez ces personnes dans l’évaluation négative de leur corps : à la fin du programme, elles estiment que leur corps est environ 30% moins problématique que huit semaines auparavant (Kabat-Zinn et al., 1985).

Depuis, de nombreuses études ont été menées auprès de patients douloureux chroniques. Les résultats montrent une amélioration significative de la qualité de vie, en termes de fonctionnement physique, de perception de sa santé, de fonctionnement social, de gestion émotionnelle et de santé mentale. De plus, la pratique méditative réduit significativement la détresse psychologique des patients douloureux et se traduit par une baisse de l’anxiété et de l’humeur dépressive. Enfin, après leur entrainement à la méditation, les patients douloureux diminuent significativement leurs prises d’antidouleurs (Rosenzweig et al., 2010). 

Une étude conduite au CHU de Toulouse durant deux ans et demi a confirmé les bénéfices de la Pleine Conscience auprès de personnes présentant une douleur chronique.

Les patients expriment se sentir mieux, et on observe un changement de l’expérience subjective de la douleur et de ses retentissements psychologiques, émotionnels, comportementaux et sociaux. Plus précisément, les résultats collectés montrent une diminution de l’intensité du vécu douloureux, une diminution de la gêne et du retentissement des douleurs au quotidien, une amélioration de l’engagement du patient dans ses activités, un changement de l’attitude face à la douleur, une diminution des symptômes anxieux et dépressifs, une responsabilisation face au parcours de soin, et une augmentation de la conscience des expériences et du fonctionnement personnel. 

Atelier 

Durant cet atelier de 4 heures, nous expérimenterons les différents aspects de la méditation : attention sélective, centration sur l’instant présent, acceptation de l’expérience subjective, changement de perspective, défusion, flexibilité psychologique,…

Nous verrons comment cette approche peut être proposée concrètement aux personnes souffrant de douleurs chroniques, à travers l’animation de groupes ou des suivis individuels.

20/10/2017