Symposium 2 : Programmes méthodes et techniques innovantes en TCC

 

1. Effets de l’activité physique sur la production de comportements sociaux non-verbaux chez des patients atteints de schizophrénie

Auteurs : Del Monte Jonathan, Marin Ludovic, Charbonnier Elodie, Graziani Pierluigi, Attal Jérome

Dans la schizophrénie, les troubles des interactions sociales sont un symptôme majeur lié en partie à la réduction significative des comportements sociaux non-verbaux (CSNV, gestes des mains, sourires spontanés) (Del-Monte et al., 2015). 

L’objectif de cette étude préliminaire est d'explorer l'efficacité thérapeutique de l'Activité Physique Adaptée (APA) sur la production des CSNV dans cette pathologie. 

Méthode : Un groupe avec prise en charge APA (N=9) et un groupe avec soins courants sans APA (N=9).  

Intervention : 24 séances d’une heure d’APA / 12 semaines (Bernard & Ninot, 2011) sollicitant la voie énergétique aérobie, entre 50% et 60 % de la fréquence cardiaque maximale (badminton), et un travail en résistance pour favoriser le maintien de la masse musculaire (gym douce).  

Evaluations T0 et T1:
•Positive and Negative Syndrome Scale (Kay et al., 1987)
•Motor-Affective-Social-Scale (Trémeau et al., 2009) 

Résultats : Pas de différences avant prise en charge. Après prise en charge, des différences significatives apparaissent avec une réduction des symptômes négatifs (z=2.248, p=0039) et l’augmentation des CSNV (z=-5.174, p=0,001) dans le groupe APA. 

 

2. Evaluation de la thérapie d'acceptation et de l'engagement basée sur la pleine conscience (MACT) 

Auteurs : Monié Benoît, Frédéric Mélinand

Cette étude a pour objectif d'évaluer le changement de la relation du patient anxieux avec ses expériences internes douloureuses (émotions, sensations, pensées, images...) après avoir participé à la thérapie d'acceptation et d’engagement basée sur la pleine conscience (MACT). Cette thérapie trouve ses fondements dans deux thérapies distinctes, toutes deux issues de la troisième vague des thérapies comportementales et cognitives (TCC) : la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (MBCT), et la thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT). Durant 5 années d’études  50 participants volontaires ont complété un protocole mesurant les symptomatologies anxieuses et dépressives, la flexibilité psychologique, la pleine conscience, la suppression de pensée et la fusion cognitive.  

Les données ont été récoltées à 3 temps différents : avant le début de la thérapie, à la fin de la thérapie, puis au moins 5 mois après la fin de la thérapie. Les résultats significatifs concernent les différents axes thérapeutiques. Un changement comportemental semble également avoir eu lieu et plusieurs implications thérapeutiques sont discutées.

 

3. Réalité virtuelle et exposition pour la prévention de la rechute tabagique 

Auteurs : Eric Malbos, Christophe Lançon

Introduction : L’attitude de fumer est la première cause de mort évitable dans les pays développés. Après un sevrage réussi, on observe un haut taux de rechute  ce qui suggère le besoin d’implémenter de nouvelles stratégies de thérapie cognitivo-comportementales (TCC) dont l'exposition à la réalité virtuelle. La réalité virtuelle permet d'exposer les sujets à des situations créées par ordinateur et associées à la consommation tabagique (Bars virtuels, bureau et humains fumeurs en image de synthèse, restaurants 3D, etc.). 

Méthode : Pour rechercher l'efficacité thérapeutique de ce média innovant dans le domaine des addictions, la présente étude a été mise en place. Cette étude comparative comprend 40 sujets récemment sevrés repartis dans deux groupes : un groupe bénéficiant de méthodes de TCC classiques et un groupe bénéficiant de TCC avec expositions à la réalité virtuelle.

Résultats : Les résultats comparatifs retrouvent une diminution du craving qui est plus importante pour le groupe réalité virtuelle. Lors du suivi sur 12 mois les résultats attestent d'un effet plus pérenne du traitement avec la réalité virtuelle sur la diminution de la sensation de manque tabagique. 

Discussion : La réalité virtuelle, média immersif mis depuis peu à la portée de tous et utilisée dans le traitement cognitivo-comportemental des troubles anxieux peut voir son champ élargi à celui de la prise en charge des addictions. 

 

4. Préparation à la sortie d’hospitalisation: L’apport de la thérapie d’acceptation et d’engagement et d'une applications mobile

Auteurs :  Yannick Descharmes, Arnaud Plagnol

Dans un contexte de "parcours patient" porté par les pouvoirs publics, mais qui rencontre la nécessaie continuité des soins, la sortie d’hospitalisation pour dépression est une rupture susceptible de mettre en échec les progrès acquis lors d’une hospitalisation.  

Au sein d'une unité d'hospitalisation en psychiatrie, nous avons développé une série de quatre ateliers associés à une application mobile (smartphone), basés sur la flexibilité psychologique, afin d'offrir une solution de transition avec le milieu extérieur lors de la sortie.  

L'évaluation des bénéfices obtenus  repose sur une méthodologie qualitative mesurant  la flexibilité psychologique et nous l'illustrerons avec deux études de cas de patients déprimés. 

Les résultats montrent un maintien de l'amélioration des scores de flexibilité psychologique  1 mois après la sortie. Ces deux personnes ont pu continuer à pratiquer les exercices appris lors de l'hospitalisation. En stimulant la motivation et l'autonomie, ces ateliers  et l'application mobile ont permis de donner une direction au soin d'une manière ludique. 

Au-delà d'une meilleure prise en compte de la continuité des soins,  cette étude suggère l'intérêt de repositionner le finalité d'une hospitalisation relativement  aux valeurs de la personne  et à la qualité de vie au-delà du temps des soins intensifs. 

 

5. Le sentiment d'efficacité personnelle au centre de la prévention de la récidive

Auteurs : Chartier Marie, Sorel Olivier, Dieu Erwan

La prise en charge des personnes placées sous main de justice (PPSMJ) vise à modifier des comportements jugés inadaptés. La notion de changement est fortement liée à la perception de notre capacité à le réaliser. Or, un déficit dans le sentiment d'efficacité personnelle est lié à des rechutes constantes. Prévenir la récidive passe par le développement de sa propre compétence à anticiper les situations de vulnérabilité (Ward, Day, Howells & Birgden, 2004).  

La création d'un outil spécifique à la prise en charge pénale permettant de mesurer le sentiment d'efficacité personnelle est apparue comme nécessaire afin de cibler les vulnérabilités de la personne et de déterminer les objectifs de prise en charge. 

La clinique psycho-criminologique, au croisement des modèles Risque-Besoin-Réceptivité et Good Lives Model et des interventions cognitives et comportementales nous ont permis de déterminer deux dimensions constitutives des compétences à acquérir pour la PPSMJ : l'anticipation cognitive et émotionnelle des situations à risque et l'autorégulation comportementale.

Les apports de l'outil que nous avons créé seront discutés : mesure de l'efficacité de la thérapie, réalisation d'une analyse fonctionnelle, support de scénario catastrophe ou de réussite pendant la séance (restructuration cognitive ou flèche descendante par exemple). Pouvant être interprété sous un abord criminologique (facteurs de risque/de protection) ou psycho-thérapeutique (anticipation/régulation) son utilisation est aussi envisageable sur une population non judiciarisée. 

 

6. Programme collectif CéSURE : l’accompagnement TCC de l’identité vulnérable rencontrant une radicalisation

Auteurs : Erwan DIEU, Linda TESTOURI, Olivier SOREL

Introduction : Le programme collectif CéSURE accompagne de manière psychodramatique comportementale, cognitive et émotionnelle les vulnérabilités en lien avec la radicalisation et/ou l’engagement terroriste extrémiste (Borum, 2011 ; Khosrokhavar, 2014 ; CIPD, 2015). 

Méthode : Programme expérimenté dans les Services pénitentiaires (Unité dédiée et détention hors unité dédiée) constitué de 20 séances de travail regroupées en 4 modules qui relèvent du Good Lives Model et de l’approche temporaliste via le développement et la mise en œuvre d'un plan de vie épanouissant incompatible avec la récidive (Ward & Gannon, 2006 ; Zimbardo, 2010). 

Résultats : Intérêt à la fois sur les facteurs de risque (Bonta et al., 1998) s’inscrivant spécifiquement dans le cadre d’une idéologie extrémiste (Pressman, 2009), les facteurs  de protection (De Vogel et al, 2011) et les facteurs de réceptivité du sujet (Serin & Kennedy, 2001). 

Discussion : L’aspect central du collectif CéSURE est d’accompagner l’évolution du plan de vie de la personne, la place occupée par des thèmes associés à une idéologie radicalisée et l’espace encore ouvert à des attitudes et à un environnement social n’adhérant pas à cette idéologie.

 

7. Etude des effets de la relaxation sur les difficultés psychosociales des personnes atteintes de déficiences intellectuelles

Auteurs : Bouvet Cyrille, Coulet Aurélie

La relaxation a déjà montré son intérêt pour les personnes souffrant de déficit intellectuel (DI). Cependant, à l'exception de notre étude pilote publiée en 2016[1], il n'existe aucune étude randomisée sur cette question précise. Cette étude pilote était un essai contrôlé randomisé évaluant les effets de la relaxation sur l'anxiété, la régulation émotionnelle et l'estime de soi chez des adultes atteints de DI. Les résultats étaient encourageants mais avec certaines limites. L'objectif de cette communication est de présenter un nouveau projet d'étude, plus ambitieux, consistant à renforcer le niveau de preuves de l'étude pilote en effectuant une recherche randomisée, multicentrique et naturalistique  avec un échantillon plus important et une portée internationale (collaboration avec des collègues d'Université au Québec). Les demandes de financements sont en cours (une partie est obtenue). 

La population sera composée de 150 sujets provenant de 7 ESAT répartis par randomisation entre un groupe de relaxation et un groupe contrôle. Les variables  psychologiques et sociales seront mesurées en pré-test, post-test et follow-up dans les deux groupes par différents outils afin d'effectuer des comparaisons. 

Si les résultats se révèlent positifs, nous voudrions faire connaître les intérêts d'une intervention thérapeutique basée sur la relaxation pour améliorer la santé psychique et la qualité de vie des personnes atteintes de DI. 

Cette communication présentera ce projet mais sera aussi l'occasion de solliciter de possibles nouveaux partenaires intéressées par cette recherche (institutions travaillant avec des personnes DI légères à modérées). 

[1] Bouvet, C., Coulet, A., (2016), Relaxation Therapy and Anxiety, Self-esteem, and Emotional Regulation among adults with Intellectual Disabilities, a randomized Controlled Trial, Journal of Intellectual Disabilities, 30(3) : 228-240)

 

8. Bienfaits du programme cognitivo-comportemental « Atelier Bien-être et Coping envers la Douleur chronique » (ABCD)

Auteurs : Colette AGUERRE, Morgiane BRIDOU, Rajaa JOURDY

Introduction : L’Atelier Bien-être et Coping envers la Douleur chronique (ABCD) est un programme cognitivo-comportemental novateur intégrant des interventions positives que nous avons conçu et dont nous avons cherché à objectiver les bienfaits au sein d’une structure hospitalière de la région Centre (consultation « douleur » du CHU de Tours, France).

Méthode : 70 patients ayant suivi les 8 séances du programme ABCD, ont évalué à deux reprises : l’intensité habituelle de leurs douleurs (VAS), leur détresse émotionnelle (HAD), leurs croyances (PBPI), leur sentiment d’auto-efficacité (PSEQ) et leurs stratégies de coping (CSQ) envers la douleur.

Résultats : Juste après le programme ABCD, on note une diminution significative de l’intensité de la douleur moyenne [t(16)=2.29; p<.05] qui tend à devenir moins mystérieuse [t(16)=3.12; p<.01], mais aussi à moins induire de symptômes anxieux [t(16)=4.01; p<.01] et dépressifs [t(16)=3.30; p<.01]. On constate également une augmentation tangible de la confiance en ses propres capacités à faire face à la douleur [t(16)=-3.87; p<.01], une dramatisation diminuée [t(16)=3.57; p<.01] et un plus grand usage de la diversion de l’attention envers la douleur [t(16)=-2.21; p<.05].

Discussion : Ces bienfaits nécessitent d’être comparés à ceux d’autres dispositifs cliniques. Reste de surcroît à s’assurer qu’ils sont durables dans le temps et à les expliciter, en identifiant les principaux ingrédients actifs du programme ABCD (études en cours).

Conclusion : Nos résultats suggèrent que le programme ABCD présente à court terme certains bienfaits, nécessitant toutefois d’être confirmés et explicités.

29/11/2016