ABCT 46th Annual Convention

November 15-18, 2012

National Harbor, MD

Compte-rendu 

« Les principes du changement du comportement : la boussole pour les TCC ».

 

 Le lieu : il faut être motivé pour se rendre au Centre des Congrès de National Harbor à plus d’une heure de Washington, dans un lieu un peu perdu au milieu de la nature mais aux délicieuses couleurs automnales.

Les participants : un peu plus de 3 000 participants, dont quelques étrangers (surtout canadiens, mais aussi d’Amérique du Sud et quelques esseulés d’Europe). Au moins 3 posters français perdus au milieu de plus de 1 400 posters ! La production américaine de posters se porte bien et les travaux présentés sont vastes avec des intérêts très variables ! Les séances de posters se font au pas de course. Chaque séance dure 1h avec un battement de 15 min pour changer les posters entre deux sessions. L’intérêt est le regroupement des posters par thème commun ce qui permet aux exposants de rencontrer ceux qui travaillent sur les mêmes thématiques qu’eux.

Pour les interventions orales, c’est un peu le parcours du combattant. Il y a même une séance d’orientation pour les participants afin qu’ils puissent se repérer correctement. Mais aussi, pour organiser au mieux son congrès en se fixant les personnes à rencontrer et celles à qui il faut laisser sa carte de visite…So american ! Mais pour croiser les bonnes personnes, il faut bien se repérer, car il y a en effet une quinzaine de symposiums, ateliers, conférence débat ou plénière en même temps répartis sur plusieurs étages avec des temps de parcours parfois long ! Toutes les salles ne sont pas remplies, loin s’en faut, mais les têtes d’affiches continuent à attirer les foules : Marsha LINEHAN, Edna FOA, Steven HAYES, la famille BECK…

 

S’il y a deux ans, il y avait de nombreux symposiums, ateliers, conférences… sur la pleine conscience et l’ACT, cette année nous notons une diminution des présentations. Cela ne veut pas dire que la troisième vague vient de s’échouer sur la plage et disparaître ainsi. Non, elle semble plutôt s’être installée comme un axe thérapeutique qui vient compléter les autres dimensions des thérapies comportementales et cognitives.

 

Alors, dans ce vaste monde de communications, il a bien fallu sélectionner et nos pas nous ont portés vers des thèmes différents.

Les tentatives de suicide. Le regard que portent les Tccistes américains est que celles-ci ne sont observées de façon adéquate. Marsha LINEHAN, Université de Washington, rappelle qu’il y a eu plus de 30 000 morts par suicide en 2008 aux USA, ce qui représente 1,5 % des morts. Avec plus de 1 million de tentatives de suicide par an c’est donc un problème majeur de santé public qui nécessiterait des recherches plus approfondies. Marsha LINEHAN met l’accent sur le peu de recherches cliniques. Alors que le suicide est la 10ième cause de mortalité seulement 49 études sont publiées en 2008. Si l’on compare à la maladie de Parkinson, 14ième cause de mortalité, nous retrouvons 169 études ! Les questions à élucider sont multiples : quels sont les différents types de suicides avec quelles pathologies associées, quel mode de traitement mettre en place selon les gestes suicidaires. Différentes approches en TCC existent et il convient de comprendre ce qui marche et pourquoi. Certains auteurs avancent la nécessité de séances centrées sur le geste suicidaire lors de l’hospitalisation du patient. En effet, lors des hospitalisations après TS de nombreuses interventions sont mises en place (traitement médicamenteux, thérapie de groupe, arthérapie, relaxation, psychothérapies individuelles…) mais une action directe avec des séances centrées sur les gestes et conduites suicidaires pourrait avoir toute sa place.

Gregory BROWN, Université de Pennsylvanie, souligne l’absence de « nomenclature » claire sur les suicides, avec l’importance de développer un langage commun pour distinguer les différentes composantes. Dans le même ordre d’idée, la recherche doit s’attacher à repérer les traitements efficaces sur les risques suicidaires plus que sur les pathologies elles-mêmes.                                     

Ce congrès américain est aussi un lieu privilégié d’intervention de militaires avec un intérêt particulier pour le traitement des syndromes de stress post-traumatiques. Il est donc fréquent de croiser des militaires en tenue et de voir des interventions présentées par eux. L’armée américaine est toujours à la recherche de nouveautés dans les prises en charge et d’effectuer aussi un retour d’expérience. Près de 500 000 vétérans du Vietnam souffre encore d’un SSPT. Les nombreuses études dans ce domaine relèvent le caractère plus sévère des SSPT dans la population militaire que dans la population civile. En effet, dans plus de 80 % des cas il est retrouvé une rémission lors de SSPT pour les civils lors du recours au CPT et aux expositions prolongées (RESIK et al. 2012).  Leur efficacité est supérieure à la liste d’attente, à l’utilisation de placebo et aussi aux antidépresseurs inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. Patricia RESIK, Boston, pose la question de la guérison du SSPT. Quand pouvons-nous parler de guérison ? Au bout de combien de temps sans signes cliniques ? Faut-il retenir une absence totale de signes ? Ou au contraire considérer que certains symptômes résiduels doivent être tolérés ? Mais alors, lesquels et avec quelle intensité ? Autant de question qui amènent très clairement à considérer que la guérison dans les SSPT reste faible pour ne pas dire marginale surtout si l’on se place dans le domaine militaire !

Pour poursuivre sur les troubles anxieux, les travaux présentés sur le Trouble Anxiété Généralisée soulignent l’inquiétude (le versant cognitif du TAG) comme un moyen inadapté de lutter contre les émotions ressenties afin de mieux les contrôler. L’accent est mis sur l’intérêt de l’exposition des patients à leurs sensations et notamment en imagination. Certains travaux (Mc GOWAN et BEHAR, Chicago) notent l’avantage de travailler sur le stimulus contrôle (inquiétudes avec le lieu, le temps, la situation…) comme un traitement efficace dans le TAG sur l’anxiété et le trouble du sommeil. Alors que d’autres (NEWMAN et FISHER, Pennsylvanie) déterminent la pertinence de différentes approches selon l’ancienneté du trouble. Ainsi, devant un trouble récent les différentes techniques sont envisageables et c’est presque le patient qui peut choisir celle qui lui semble la plus accessible. Alors que dans le cas de TAG anciens, il convient mieux de s’attacher à une seule technique et s’y tenir. En effet, le trouble étant vu comme plus rigide, le travail thérapeutique va s’attacher à favoriser la flexibilité. Et donc, changer de thérapie, au bon vouloir du patient, serait inadapté. Il conviendrait de sélectionner une forme de thérapie (comportementale ou cognitive) en axant le travail sur un aspect, mais par contre rester sur cet aspect et amener le patient à travailler dessus.         

Un petit tour vers les Troubles Obsessionnels Compulsifs avec une étude sur l’évaluation de la douleur par nos patients dont il ressort que les personnes souffrant de TOC ont une meilleure tolérance à la douleur que ceux qui n’ont pas de TOC et cela de façon indépendante du type de TOC. Même si cela paraît anecdotique, l’étude présentée étant qui plus est sur un nombre limité de sujets, la question qui se pose est de savoir pourquoi sont-ils moins sensibles à la douleur. Est-ce dû à une difficile distractibilité dès lors qu’ils sont sur leurs obsessions ? Ou alors d’un mécanisme neurologique spécifique ? Tant de questions qui peuvent se poser sur des études centrées parfois sur des points de détails. Mais avec les TOC ce n’est pas étonnant de chercher les petits détails…

Pour finir, nous avons eu la chance de participer à un mini atelier particulièrement intéressant sur le traitement des Tic dans la maladie de Gilles de la Tourette. Approche novatrice qui reprend des concepts plus anciens en y ajoutant une sauce TCC modernisée. Pour sortir des traitements médicamenteux, souvent seule action modérée possible sur les tics (dont les antipsychotiques), Douglas WOODS (Université du Wisconsin) and John PIACENTINI (Université de Los Angeles) développent une Comprehensive Behavioral Intervention for Tics (CBIT). Cette approche intègre à la fois une analyse fine de chaque tic, une dimension psychoéducative. Sur un modèle de 8 sessions, de 60 à 90 min, sur 10 semaines, les intervenants mettent l’accent sur l’intérêt d’agir juste avant l’apparition du tic. En effet, le tic est précédé d’une sensation particulière qu’il convient de repérer. C’est l’étape clé de cette thérapie avec un repérage fin du tic, de son fonctionnement, des groupements musculaires mis en jeu, de la sensation attachée, avec description de ce qui se passe juste avant et le repérage de tout signal corporel pouvant suggérer la survenue prochaine du tic. Il y a bien sûr l’histoire de la survenue de la maladie, l’évaluation des conséquences, les aspects cognitifs associés…Un repérage des situations de survenues est aussi effectué afin de réduire si possible les facteurs favorisants. Les techniques de relaxation sont indiquées. La recherche des renforcements négatifs est effectuée avec suppression si possible de ces renforcements. Le patient repère ses tics, et au cours même d’un entretien il doit montrer au thérapeute qu’il vient d’avoir le tic (à défaut le thérapeute lui signale son oubli). La thérapie débute par le tic le plus important afin d’obtenir une adhésion plus rapide du patient. L’aspect comportemental est d’effectuer une contraction du groupe musculaire opposé à celui du tic dès lors que les signaux avant coureurs apparaissent. Deux publications sous-tendent ce développement thérapeutique : la première concerne une étude sur des enfants (Piacenti et al., JAMA 2010) et l’autre auprès d’adultes (Archives of Psychiatry à paraître). Cette intéressante approche sera, je l’espère, bientôt accessible sous forme d’un atelier à l’AFTCC.

Pour finir, l’ABCT renouvelle complètement son site Web, et cette nouvelle concerne aussi les membres étrangers. Une espace dédié aux activités en TCC à l’étranger sera bientôt créée, et il est question de mettre sous les feux des projecteurs un praticien par mois dans les pays étrangers afin de promouvoir les pratiques.

05/06/2013