Rédigé par : Valérie A. G. Ventureyra, PhD/ Docteur en Psychologie, Psychologue clinicienne, Psychothérapeute TCC & EMDR 
         
 

J’ai appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais le fait de triompher d’elle. L’homme courageux n’est pas celui qui ne ressent pas la peur, mais celui qui la vainc.

 (Nelson Mandela) 

 
marge Nous sommes désormais face à une crise sanitaire d’ampleur globale, générant des conséquences d’ordre médical (contaminations, maladies, décès ; possibilité de débordements des services hospitaliers, contamination et épuisement des personnels soignants), économiques (fermetures de commerces, ralentissement de l’économie mondiale, crashs boursiers) et sociales (confinement/isolement ; télétravail ; coupure de la vie culturelle, sportive et récréative) majeures. Face à ce climat de changements soudains et à une incertitude accrue, nous, psychologues (je n’inclus pas nos collègues médecins et infirmiers, sachant qu’ils seront certainement mobilisés en première ligne dans le traitement des patients) avons un rôle important à jouer pour aider nos patients et de manière plus globale, nos concitoyens à mieux faire face à l’anxiété et à la panique générée par le COVID-19, pour les encourager à suivre les consignes gouvernementales mises en place pour freiner la propagation du virus et à s’adapter aux nouvelles situations de confinement et quarantaines imposées. Nous devons aussi considérer comment proposer notre assistance à nos collègues médecins, infirmiers et autres soignants de première ligne nécessitant un soutien psychologique en ce temps de crise. Enfin, nous devons aussi pratiquer le « self-care » aussi bien dans des mesures de protection médicale et pour favoriser notre bien-être immunitaire et psychologique.     marge

I) Informations et recommandations/ Adaptation de nos pratiques 

II) Gestion de l’anxiété et de la panique  

    • Cas particuliers : trauma, tocs, anxiété généralisée, solitude/ dépression  

III) Soutien aux médecins, infirmiers et autres soignants de première ligne

IV) Booster notre immunité, favoriser notre bien-être psychologique et préparer la résilience 

V) Bibliographie 

I) Informations et recommandations 

Comment gérer notre pratique libérale ?  

A ce jour, en France, comme dans de nombreux pays européens, l’ordre est au confinement et à la minimisation du contact social pour empêcher la propagation massive du COVID-19. En suivant cette logique de confinement et de minimisation des contacts sociaux, il est recommandé d’inciter nos patients à consulter par téléconsultation (Skype, FaceTime, téléphone ou des plateformes spécialisées sécurisées). Nous avons la grande chance d’avoir ces moyens à disposition et d’avoir suffisamment de recul concernant leur efficacité équivalente pour la TCC et d’autres psychothérapies (EMDR…) (Stubbings et al., 2013). 

Dans la configuration actuelle, l’utilisation de dispositifs de téléconsultation nous permettent d’assurer le suivi de nos patients habituels « sains » et ceux obligés de rester chez eux pour garder les enfants qui ne peuvent aller à l’école, d’assister des patients malades et de contribuer à l’effort de non-propagation en évitant les contacts, les salles d’attentes et les transports. 

Nous pouvons espérer que la majorité des patients comprendra ces motifs si des explications claires sont fournies et adhérera à cette nouvelle pratique, au moins le temps que la phase critique passe.  

Un article expliquant, en termes épidémiologiques, l’intérêt du distancement social et du confinement/ « lockdown » : 

Voici des guidelines (en anglais) de l’American Psychological Association (APA) pour l’exercice de la téléconsultation : 

II) Gestion de l’anxiété et de la panique 

Face à l’incertitude de l’ampleur de la crise et des conséquences médicales, économiques et sociales actuelles et à venir, nous devons nous préparer à faire face à des pics d’anxiété et de stress chez nos patients comme dans la population en générale.   

  • Face aux confinements/ quarantaines et isolements 

Le confinement imposé de manière soudaine et abrupte dans la plupart des pays européens à l’heure actuelle, situation inédite qui contraste avec la valeur capitale qu’est la liberté, peut être vécu comme un choc traumatique par certains. Nous devons donc rester vigilants face aux réactions que peuvent présenter nos patients et suivre deux axes d’intervention. 

  1. Psychoéducation face à la nécessité du confinement 

 Bien que le rôle d’informer la population des mesures sanitaires prises appartienne aux autorités gouvernementales, nous pouvons renforcer le message en dispensant des informations à propos de la maladie et de l’intérêt individuel et collectif du confinement. (Les sources citées ci-dessus peuvent être utiles dans ce sens.)  

  1.  Interventions face aux réactions émotionnelles 

  Plusieurs études ont été effectuées dans des populations confinées à la suite d’épidémies au cours des dernières années, et ont mis en évidence des facteurs de stress et symptômes courants (voir Brooks et al, 2020 pour une revue de la littérature) :

  • Peurs liées à la maladie 

  • Peurs liées à la transmission de la maladie 

  • Symptômes de stress aigu 

  • Problèmes de sommeil 

  • Agitation/ hyper vigilance 

  • Colère  

  • Frustration 

  • Ennui 

Des techniques de gestion de stress et d’ancragetelle la relaxation, la cohérence cardiaque, la pleine conscience, les « quatre éléments » utilisés dans la gestion d’états de stress post-trauma peuvent utiles. (Voir Ventureyra & Goujard, 2017) 
 
Au plan cognitif :
  • Recherche de sources scientifiques/ fiables à propos du virus et de la pandémie 

  • Réduction du temps dédié à s’informer à ce sujet à 1-2 fois par jour, et délimité dans le temps/ « temps d’inquiétude » 

  • Restructuration cognitive mettant en perspective les croyances liées à la maladieet l’infection potentielle d’autrui 

  • Activation des ressources personnelles : connexion à des expériences de résilience 

Au plan comportemental: 

  • Maintenir une hygiène de vie : sommeil, alimentation saine 

  • Favoriser des routines quotidiennes qui apportent du plaisir/ bien-être (exercices, lecture, films) pour neutraliser l’impuissance et l’anxiété liée à l’incertitude 

  • Maintenir la relation aux proches via le téléphone/ chat/ réseaux sociaux : lutter contre l’isolement 

Voici une revue de la littérature sur les effets psychologiques du confinement : 

  • Vigilance sur les Antécédents et Comorbidités 

  • Psycho traumatismes 

  • Devant la menace de la maladie et le confinement, nous devons être particulièrement vigilants face aux réactivations de traumatismes antérieurs (le vécu d’épidémies antérieures, des situations de confinement/ emprisonnement et d’autres situations d’impuissance) faisant écho à la situation actuelle.  

  • Risque suicidaire/ dépression  

  • Un risque du confinement et de l’isolement social est l’exacerbation des symptômes de dépression. Il est important d’inciter ces patients à maintenir leurs consultations via les téléconsultations durant cette période.  

  • Troubles anxieux particuliers  

  • L’exacerbation de symptômes du TAG peut être attendue dans cette période d’incertitude.  

  • En ce qui concerne les TOCs autour de la maladie et de la propreté, nous pouvons nous attendre à une recrudescence des symptômes. Pas de chance pour travailler les Tocs liés à la propreté et le lavage des mains, avec le bombardement constant des médias à ce sujet ! Cela attendra la fin de la période de crise, mais entretemps nous pouvons interroger le lavage des mains en essayant de différencier le lavage nécessaire pour éviter la propagation du virus vs le lavage comme rituel. 

  • Le cas des acheteurs compulsifs et collectionneurs qui dévalisent les supermarchés en accumulant certains produits très particuliers ?A voir…  

III) Soutien aux médecins, infirmiers et autres soignants de première ligne  

Le personnel médical et paramédical qui est et sera très fortement sollicité au cours des semaines à venir, pourra bénéficier de soutien psychologique de notre part.  

Il y a deux cas de figures pour cette assistance :  

  1.  Le personnel déployé en risque de burn-out/ d’état de stress aigu 

  1.  Le personnel mis en quarantaine ayant contracté la maladie 

Dans le cas 1.) les psychologues peuvent se porter volontaires auprès de la Réserve Sanitaire : 

Peut-être que la prise en charge par téléconsultation bénévole, comme celle proposée par L’AFTCC pour les professionnels intervenant lors des attentats de Nice en 2016, pourrait être envisagée.  

Il est important de ne pas oublier les personnels qui sont ou seront mis en quarantaine lors de cette épidémie. Des études effectuées lors des épidémies de SRAS au cours de ces dernières années, montrent qu’ils sont à risque de développer un état de stress aigu (Bai et al., 2004), le TSPT (Wu et al., 2009) et la dépression (Liu et al, 2012) dans les mois et les années qui suivent la quarantaine, d’où l’importance de prêter un soutien psychologique pendant cette période délicate où peuvent apparaître des sentiments d’anxiété et de colère accrus (Jeong et al., 2016). 

Comme pour le cas 1.), nous pourrons mettre en place des consultations bénévoles à distance pour ces professionnels. Maintenant que nous serons tous en confinement pendant quelques semaines, soyons solidaires !  

IV) Booster notre immunité, favoriser notre bien-être psychologique et préparer la résilience 

En ce temps de crise, essayons de rester au top de notre santé en suivant quelques règles d’hygiène de vie (sûrement bien connues de tous) pour résister au coronavirus! 

  • Alimentation: manger sain, varié, des fruits et légumescolorés et vitaminés (contenant notamment les vitamines C, B6, et E), et des yaourts pour les probiotiques 

  • Exercice: en modération, 30-60 minutes par jour 

  • S’hydrater : favorise la production de lymphe transportant les globules blancs et autres cellules immunitaires 

  • Faire ses réserves de Vitamine D : soleil, certaines sources de protéines ou des suppléments 

  • Surveiller le sommeil 

  • Éviter de fumer/limiter l’alcool 

  • Bien gérer le stress (le challenge sera de bien implémenter les techniques que nous donnons quotidiennement à nos patients !) : relaxation, méditation, loisirs… 

  • La technique APPLE proposée par l’association britannique Mind :

A : Acknowledge (Reconnaître) : l’incertitude lorsqu’elle se présente 

P : Pause (Faire une Pause) :  pour respirer 

P : Pull-back (Prendre de la distance) : de la pensée 

L : Let go (Lâcher prise) : laisser partir la pensée dans un nuage/ une bulle 

E : Explore (Explorer) : le moment présent en se reconnectant à sa respiration, à ses sensations corporelles, aux perceptions provenant de l’environnement et puis en se focalisant sur autre chose à faire  

 

Garder le moral : la corrélation entre les émotions positives (joie, humour, enthousiasme) et le meilleur fonctionnement du système immunitaire a été exploré dans cette revue de la littérature (Marsland et al., 2006) 

Quelques ressources (en anglais) de Harvard, du Cleveland Clinic, du Wall Street Journal et de Scientific American: 

En espérant que tout(e) et chacun(e) se trouvera en excellente santé et fera appel à ses capacités de résilience pendant cette crise.  

Ce qui ne peut être évité, il le faut embrasser. 

William Shakespeare (The Merry Wives of Windsor)

Personne ne peut retourner en arrière, mais tout le monde peut aller de l'avant. Et demain, quand le soleil se lèvera, il suffira de se répéter : je vais regarder cette journée comme si c'était la première de ma vie.

Paulo Coelho (Le manuscrit retrouvé) 

Il n’y a pas de réversibilité possible après un trauma, il y a une contrainte de la métamorphose.

Boris Cyrulnik (Les vilains petits canards) 

V) Bibliographie 
  • Bai Y, Lin C-C, Lin C-Y, Chen J-Y, Chue C-M& Chou P, Survey of stress reactions among health care workers involved with the SARS outbreak.Psychiatr Serv.2004;55:1055-1057. 

  • Brooks, S, Webster, R, Smith, L. et al. The Psychological Impact of Quarantine and how to reduce it: Rapid review of the evidence.VOLUME 395, ISSUE 10227, P912-920, MARCH 14, 2020  The psycho 

  • Jeong H, Kim HW,Song Y-Jet al.,Mental health status of people isolated due to Middle East respiratory syndrome.Epidemiol Health.2016;38:e2016048 

  • Liu X, Kakade M, Fuller CJet al., Depression after exposure to stressful events: lessons learned from the severe acute respiratory syndrome epidemic., Compr Psychiatry.2012;53:15-23. 

  • Marsland, A., Presland, S. & Cohen, S. Positive Affect and Immunity in Psychoneuroimmunology, Edition: Fourth Edition, Publisher: Elsevier, Editors: R. Ader, pp.761-779 

  • Stubbings, D. Rees, C., Roberts, L. & Kane, R. Comparing In-Person to Videoconference-Based Cognitive Behavioral Therapy for Mood and Anxiety Disorders: Randomized Controlled Trial, J Med Internet Res. 2013 Nov; 15(11): e258. 

  • https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3842436/  

  • Wu P, Fang Y, Guan Zet al., The psychological impact of the SARS epidemic on hospital employees in China: exposure, risk perception, and altruistic acceptance of risk., Can J Psychiatry.2009;54:302-311.  

Rédigé par : Valérie A. G. Ventureyra, PhD/ Docteur en Psychologie, Psychologue clinicienne, Psychothérapeute TCC & EMDR 

17/03/2020