CR Colloque 5-6 Juillet 2019 « Prise en charge pluridimensionnelle et psychothérapies des patients douloureux chroniques »

 

Nous avons participé activement au comité organisateur et au comité scientifique du Colloque interdisciplinaire « Prise en          charge pluridimensionnelle et psychothérapies des patients douloureux chroniques » organisé par le Laboratoire Psy-    DREPI  EA-7458 (Psychologie: Dynamiques relationnelles et processus identitaires) et l’association La Douleur et Le          patient      Douloureux (LDPD) sous la responsabilité scientifique de Anne Masselin-Dubois PhD, maître de conférences en            psychologie    clinique et psychopathologie – Université de Bourgogne.

 

 

Ce colloque a eu lieu les 5 et 6 Juillet 2019 dans les locaux de l’Ecole des Psychologues Praticiens (EPP) à Paris et a été          soutenu par différentes associations (Association de médecine comportementale, APTCCB, UNSED, etc.) et sociétés                savantes,   comme l’AFTCC et la société de médecine comportementale. Le colloque a rassemblé plus de 100 personnes,        psychologues,   médecins psychiatres, neurologues, dentistes, kinésithérapeutes et étudiants.

 

La compréhension, l’évaluation et le traitement de la douleur sont une préoccupation omniprésente dans le monde de la santé et constituent une priorité de santé publique depuis 2004. L’accompagnement et les soins prodigués au patient amènent les équipes pluri- et inter-professionnelles à coordonner la prise en charge au regard des dimensions biopsychosociales de la douleur chronique.

Ce colloque a présenté les actualités scientifiques, des regards croisés des professionnels de soin de la douleur chronique en ville et en structure hospitalière, il a favorisé le partage d’expériences pluridisciplinaires et la rencontre entre savoirs profanes et savoirs experts, grâce à la présence d’associations de patients.

Les réunions plénières et sessions parallèles ont porté sur la prise en charge des populations de douloureux suivis en structures douleur, en oncologie, en soins palliatifs ou en ville, et des sujets tels que la relation au nourrisson en onco-pédiatrie, la douleur et les troubles cognitifs (Alzheimer), le handicap comportemental et le handicap esthétique, la clinique du psychotrauma et des violences faites aux femmes, la clinique transculturelle, le partage d’expériences d’infirmières auprès des patients douloureux.

 

Nous présentons les résumés des conférences données par les membres du GIE-GDCH, toutes dans le cadre des TCC et mettant en évidence les procédures d’évaluation, les traitements et la recherche dans le domaine de la douleur chronique. A l’issu des communications, des échanges ont porté sur les pratiques cliniques et les recherches en cours.

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Catherine GUILLEMONT, psychologue clinicienne, psychothérapeute (20 ans au CETD de l’hôpital Bichat, Paris) nous a parlé de l’Evaluation et prise en charge psychologique de la douleur chronique.

S’appuyant sur son expérience clinique auprès des patients douloureux, elle a mis en évidence l’importance, pour le clinicien et pour le patient, de déterminer des objectifs lors de l’évaluation clinique. A partir des divers outils d’évaluation (entretiens cliniques, analyse fonctionnelle, échelles d’évaluation, grilles d’observation du comportement), elle a montré l’intérêt de cette démarche pour l’élaboration des stratégies thérapeutiques, l’objectivation du changement clinique et l’appréciation de l’évolution, avec la prise de conscience par le patient des composantes de sa douleur. Elle a conclu avec les différentes modalités thérapeutiques comportementales et cognitives existantes à proposer au patient douloureux chronique en fonction de sa problématique et des cibles définies à partir de l’évaluation.

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Louise MALOU DHAUSSY, psychologue en consultation douleur (hôpital Raymond Poincaré, AP-HP, Garches) a présenté un Programme de thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (MBCT) destiné aux patients blessés médullaires souffrant de douleur chronique.

Développée par Zindel Segal, Mark Williams et John Teasdale (2002), la MBCT a été adaptée sur huit séances, à raison d’une séance de deux heures par semaine. L’attention portée sur les sensations corporelles, les pensées et les émotions, permet au patient de prendre conscience des processus psychologiques présents, et de faire preuve de bienveillance envers lui-même.

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Séverine CONRADI, psychologue en consultation douleur (CHRU de Nancy), doctorante laboratoire APEMAC-EPSAM (université de Lorraine – Metz) nous a présenté la Traumatisation et douleur chronique.

Le psycho-trauma a une place incontournable dans la clinique de la douleur et se retrouve souvent au premier plan des problématiques complexes que nous rencontrons, notamment dans les structures de prise en charge de la douleur. Cependant son identification, son évaluation ainsi que les inter-relations entre la douleur chronique et le psycho-trauma sont autant de processus, à tenter de mieux comprendre pour la prise en charge des patients douloureux.

Après un rapide rappel de l’état des connaissances actuelles, sa réflexion s’est centrée sur l’apport de l’étude de la traumatisation dans la compréhension de ses mécanismes dans la douleur chronique. Les dispositifs psychothérapeutiques ont également été discutés.

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Anne MASSELIN-DUBOIS, psychologue clinicienne, psychothérapeute, maître de conférences en psychologie clinique et psychopathologie (Université de Bourgogne, Dijon) est intervenue sur les thérapies d’Acceptation et d’Engagement (ACT) en interrogeant les processus d’acceptation chez le patient douloureux chronique : Quelle acceptation avec l’ACT en clinique de la douleur ?

L’ACT propose un modèle psychothérapeutique s’intéressant à la flexibilité psychologique et à la souffrance émotionnelle associée à la douleur. Elle a été validée et est recommandée par la Société Américaine de Psychologie (APA) pour les patients souffrant de douleur chronique. Néanmoins, les processus d’acceptation discutés ou observés chez nos patients douloureux entraînent parfois certaines confusions dans la compréhension de ce concept. Les patients douloureux chroniques eux-mêmes se montrent parfois réticents dans l’emploi de ce terme, estimé en contradiction avec la reconnaissance et l’expression de leur plainte douloureuse.

Le concept d’acceptation et les propositions thérapeutiques de l’ACT ont été présentés et illustrés par des vignettes cliniques.

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Marie Laure BEAUROY-EUSTACHE, psychologue clinicienne (CETD hôpital Ambroise Paré, Boulogne Billancourt).

La présentation d’un Cas clinique de patient douloureux chronique ayant bénéficié d’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) a illustré l’intérêt de cette approche psychothérapeutique. En effet, si l’indication officielle de l’EMDR est validée pour le traitement du trouble de stress posttraumatique (Shapiro, 1995, 2001), de nombreuses publications laissent entrevoir les pistes de développement de l’EMDR dans d’autres domaines, notamment celui de la prise en charge de la douleur (Mazzola et al., 2009). Le cas clinique a pu montrer la pertinence et l’efficience de cette approche chez une patiente douloureuse chronique ayant vécu un traumatisme.

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Lizet F. JAMMET (Docteur en Psychologie Clinique et Psychopathologie, Paris) a présenté une Etude menée au CETD de l’hôpital Saint Antoine (AP-HP, Paris) : Prise en charge comportementale et cognitive de la douleur chronique.

Le patient souffrant de douleur chronique (DCH) développe des stratégies de coping dysfonctionnelles pour faire face à la douleur et à sa souffrance, entretenant à la fois la DCH et les troubles associés qui appauvrissent progressivement sa qualité de vie. Une prise en charge TCC en groupe de patients souffrant de fibromyalgie est proposée sous forme d’un programme avec l’objectif d’aider les patients à développer des stratégies de coping adaptées, fonctionnelles et durables pour l’auto-gestion et le contrôle de la douleur tout en améliorant leur qualité de vie. Ce programme s’est déroulé pendant 8 séances hebdomadaires de deux heures chacune, en petit groupe (6 à 8 patients) au CETD de l’hôpital Saint Antoine. Les résultats favorables de cette étude sont en accord avec les dernières recommandations de la recherche scientifique dans le domaine (Macfarlane et al., 2016) et incitent à promouvoir et poursuivre ces programmes de prise en charge comportementale et cognitive pour la gestion de la DCH.

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Anne MASSELIN-DUBOIS, nous a présenté un sujet d’actualité sur : L’exposition graduée en réalité virtuelle pour la kinésiophobie.

Ces dernières années, la réalité virtuelle a connu un véritable essor dans le domaine de la santé et suscite à présent l’intérêt des cliniciens et chercheurs pour la gestion de la douleur aigüe et chronique. En effet, la réalité virtuelle peut poursuivre un but distractif mais également thérapeutique lorsque celle-ci s’inscrit dans un protocole d'exposition. Ce protocole a ainsi été développé pour réduire la peur, le catastrophisme et le handicap lié à la douleur. Les modèles TCC d’apprentissage par inhibition, le modèle de peur-évitement expliquant les facteurs de maintien de la kinésiophobie ont été présentés. Leurs applications, intérêts et limites ont été discutés à partir de données récentes de la littérature.

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22/10/2020