CR Congrès AFTCC 14-12-2019 : Présentation de l’ouvrage « Ma douleur, comment l’apprivoiser ».

Catherine GUILLEMONT, Psychologue clinicienne et psychothérapeute, Paris.

Avec une expérience de plus de 20 ans au Centre de traitement des douleurs de l’hôpital Bichat-Claude Bernard, enseignante du module « Aspects psychologiques de la douleur » de la formation continue à l’Ecole de Psychologues Praticiens (EPP) de Paris, co-responsable du GIE-GDCH de l’AFTCC ; Catherine nous a fait l’honneur de venir nous présenter son livre publié en Octobre 2012 avec Chantal Nollet-Clémençon.

  

Résumé

Ce livre s’adresse à toute personne souffrant de douleurs, ainsi qu’à tous les professionnels concernés par la gestion de la douleur chronique.

Son objectif est de permettre à toute personne souffrant de douleur chronique de comprendre sa douleur, et son fonctionnement, de s’approprier des outils, de les mettre en pratique, et ainsi d’arriver à surmonter les difficultés de la vie quotidienne engendrées par la douleur pour « apprendre à la contrôler, à la limiter, et permettre qu’elle ne soit plus au centre de sa vie ».

Les pathologies douloureuses les plus fréquentes (comme les céphales de tension, la fibromyalgie, les douleurs abdominales, les douleurs post accidentelles), et le suivi de celles-ci y sont présentées et illustrées à l’aide de cas cliniques.

Différentes modalités thérapeutiques, s’appuyant sur des méthodes cognitives et comportementales ayant fait la preuve de leur efficacité, sont décrites permettant à chacun de composer sa propre « boite à outils », associant plusieurs méthodes.

Qu’est-ce qu’apprivoiser sa douleur ? La douleur chronique est difficile à vivre, complexe à comprendre. En plus de la souffrance physique qu’elle génère, elle modifie le comportement de la personne, altère sa qualité de vie, ses relations à l’entourage. Elle a des conséquences sur les activités physiques, les activités domestiques, de loisirs comme les activités sociales pouvant les limiter, ou encore les interrompre. Elle peut retentir sur l’activité professionnelle : arrêts de travail, absentéisme, reclassement, reconversion professionnelle, mi-temps thérapeutique ou arrêt complet de l’activité avec mise en invalidité. Elle entraine une réduction des stimulations, de la motivation, génère une baisse des performances, de l’estime de soi et du sentiment d’auto-efficacité.

La focalisation sur la douleur et les sensations du corps, l’anticipation anxieuse du retour de celle-ci pouvant entrainer un désinvestissement du monde extérieur et des autres et un repli sur soi favorisent le renforcement de la douleur et l’instauration d’un cercle vicieux.

Les interprétations ou croyances concernant la douleur, sa cause, la crainte de son retentissement, la minimisation par le sujet de ses ressources personnelles vont également jouer un rôle et favoriser le doute, l’anxiété, le stress, et l’accentuation de la douleur, celle-ci pouvant par exemple être associée à l’idée d’une menace.

Le stress, l’anxiété, la tristesse, majorent la perception douloureuse, amplifient le comportement douleur, ou peuvent s’exprimer au travers de symptômes comme la fatigue ou la tension qui sont des facteurs favorisant la douleur.

Ainsi une douleur persistante constitue, par sa dimension répétitive et chronique, un agent stresseur important, rendant plus vulnérable aux autres sources de stress. Etant donné l’expérience désagréable qu’elle représente, la douleur peut faire écho et réactiver d’autres expériences traumatiques antérieures (comme un passé médical, situations de violence, de maltraitance physique, psychologique, le stress professionnel, les conflits familiaux, les séparations, les deuils, les secrets de famille …). Repérer et identifier ces éléments permet de développer des compétences et de mettre en œuvre des moyens d’action appropriés destinés à diminuer leur impact.

Modalités thérapeutiques de la prise en charge

Elles sont multiples et doivent être choisies en fonction de la problématique du patient et des cibles thérapeutiques définies. Voici les principales :

1 - Création d’un carnet de bord : auto-observation à l’aide de grilles avec des notes des domaines affectés par la douleur, et les conséquences qui en résultent (activité physique, sommeil, vie professionnelle, vie sociale, vie familiale, vie affective, vie sexuelle, états d’humeur, sensibilité au stress, confiance en soi), pour mieux en prendre conscience.

2 - Définition d’un programme d’activités : avec des objectifs réalistes, accessibles, et précis à court et long terme, en fonction des domaines de vie à améliorer, identifiés dans le carnet de bord.

L’intérêt de ce programme d’activités est mis en évidence :

Ø  Facilitation de l’action et gestion de la procrastination

Ø  Décentration de la douleur et des ruminations, et création d’un état émotionnel positif et agréable

Ø  Obtention d’un sentiment d’auto-efficacité, amélioration de la confiance en soi, et facilitation de la reprise de la vie relationnelle

3 - Établissement d’une liste de situations agréables (Lewinson) pour permettre des moments de plaisir.

4 - Adoption du bon rythme (pacing) et dosage de l’activité en fonction des possibilités physiques.

5 - Attention porté à prendre soin de sa santé :bonéquilibre alimentaire, activité physique régulière, amélioration du sommeil, soin apporté à la vie affective et sexuelle (soin de soi, de son corps et de son apparence, communication de bonne qualité, attention accordée à la tendresse et à l’attachement mutuel.)

6 - Approches corporelles et pratique des méthodes de relaxation et de méditation, comme outils de gestion du stress et de l’anxiété, et comme moyens de modification des états de tension et des états émotionnels.

 

Enfin, l’importance de la confiance en soi et en l’autre est abordée avec des propositions de techniques pour progresser dans la communication et les échanges avec les autres et modifier ses comportements. Ainsi, renouer le dialogue avec son entourage proche peut aider à améliorer la gestion de sa pathologie, en lui donnant un rôle de soutien, d’interlocuteur aidant et de source de réconfort.

Une riche bibliographie vient clore ce travail remarquable.

 

Avec toute notre reconnaissance à Catherine,

Le GIE-Gestion de la douleur chronique.

 

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22/10/2020