Symposium 1 : La relation naissante entre les nouvelles technologies et les TCC

 

1. Sortir du réductionnisme comportemental pour intégrer biofeedback et neurofeedback aux thérapies comportementales et cognitives

Auteurs : Docteur, Vialatte, François-Benoît, Maître de Conférences

Les biofeedbacks (incluant le neurofeedback) ont pour objectif de conditionner les signaux biologiques de patients. Pour des raisons historiques, cette approche thérapeutique s’est fondée sur un réductionnisme comportementaliste, ignorant l’apport plus récent des théories cognitives, et par conséquent négligeant plusieurs paramètres cognitifs clef (Gaume et al., 2016).

 Par exemple, les traitements par neurofeedback du trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité font l’impasse sur les programmes existant en thérapie comportementales et cognitives (TCC). De même, la régulation de la variabilité cardiaque est présentée comme un conditionnement psychophysiologique, alors que ce biofeedback pourrait être intégré dans les protocoles de TCC (Lehrer, 2018).

 Les notions de stratégies cognitives (Pressley et al., 1987), de feedback interne, de charge cognitive (Sweller, 2011) et d’empan attentionnel, joueraient un rôle clef dans les biofeedbacks, et pourraient bénéficier du cadre des TCC. Réciproquement, les biofeedbacks permettent d’étayer l’intéroception des patients dans les protocoles TCC existant.

 En conclusion, les biofeedbacks (dont le neurofeedback) bénéficieraient grandement d’une insertion dans le cadre des TCC, qui présente des synergies très pertinentes, plutôt que d’être réduits à de simples outils de conditionnement psychophysiologiques.

 

2. Influence d’une application de conditionnement évaluatif sur l’insatisfaction corporelle et la recherche de minceur 

Auteurs : Thierry Kosinski, Maître de conférences en Psychopathologie Expérimentale et TCC, Université de Lille

L'insatisfaction corporelle et la recherche de minceur sous-tendent le développement et le maintien des troubles alimentaires.

 Des recherches en laboratoire ont montré que l'insatisfaction corporelle pouvait être réduite en utilisant le conditionnement évaluatif (consistant à associer des stimuli relatifs à son propre corps à des stimuli plaisants).

 La présente étude évalue la possibilité d'utiliser une application mobile de conditionnement évaluatif dans l'environnement écologique des participants pour réduire ces symptômes.

 24 participantes ont été recrutées et assignées au hasard à un conditionnement évaluatif positif ou neutre. Les participantes du groupe positif (neutre) devaient quotidiennement réaliser une séance de jeu sur un appareil portable dans laquelle elles devaient associer une image de leur propre corps à une image positive (neutre).

 Les indices relatifs aux troubles du comportement alimentaire étaient mesurés avant et après la semaine d’utilisation de l’application.

 L'analyse des résultats préliminaires révèle que les participantes de tous les groupes présentaient une diminution significative de l'insatisfaction corporelle et de la recherche de minceur. Cependant, cette dernière réduction est plus importante pour le groupe positif que pour le groupe neutre.

 Ces résultats intermédiaires semblent prometteurs cependant la recherche est toujours en cours. Un tel dispositif pourrait aisément être utilisés par des cliniciens.

 

3. Les schémas cognitifs : Anatomie, fonctionnement et impact pratique

Auteurs :  Dr. Abderahmen FAKHFAKH (médecin libéral), Pr. Chokri MHIRI (professeur universitaire en neurologie)

Les schémas cognitifs (SC) sont à la base des TCCE. Leur substratum biologique n’est que partiellement élucidé.
 Dans ce travail, nous passons en revue les données récentes des neurosciences cognitives relatives aux SC. Nous abordons le fonctionnement et la localisation dans le cerveau des SC et nous en déduirons les impacts pratiques.
 Des essais utilisant des séquences auditives ou visuelles suivies du relevé des réactions chez les sujets confirment le recours du cerveau humain à des schémas pour la prise de décision. 
 Les données des neurosciences computationnelles couplées à celles de l’électrophysiologie cérébrale démontrent la présence d’une activité cérébrale imputée à des informations non concordantes avec l’expérience antérieurement stockée. Ceci conforte le fonctionnement prédictif du cerveau. Ce dernier produit un signal d’erreur lorsque les entrées sensorielles sont inattendues.
 Des études d’imagerie fonctionnelle cérébrale ont démontré l’activation du cortex préfrontal ventro-lateral lors de l’initiation expérimentale de mini SC. Elle disparait les jours suivant au profit d’une activation des aires associatives lors de l’évocation des mêmes expériences.
 Les changements métaboliques préfrontaux qui suivent les TCCE et l’inversement rapide des ondes de surprise constatées lors du changement des données présentées aux sujets confortent l’action claire des TCCE sur les SC. 

 

4. Travail sur les croyances erronées chez des adolescents : Résultats d’un programme d’intervention préventive

Auteurs : L Romo, B Lignier, A Dentz E Benoit ; (Consortion Bien jouer )

Introduction : Malgré l’interdiction d’accès aux JAH pour les mineurs, les résultats montrent que 32.9 % des jeunes âgés de 15 à 17 ans déclarent avoir joué au moins une fois au cours de l’année écoulée à des jeux de hasard et d’argent (Costes et al, 2015). Parmi eux, 25,4 % sont classés « à faible risque » et 11 % en jeu problématique (risque modéré et risque excessif). Cette prévalence de comportement problématique est deux à quatre fois plus élevée chez les joueurs mineurs que chez les joueurs adultes. Ce résultat est retrouvé en France mais également dans d’autres pays et ce depuis plusieurs décennies ; de plus, les jeunes sont beaucoup plus enclins à développer des addictions (Gupta et Derevensky, 1998a ; Ladouceur, 1991 ; Shaffer et Hall, 1996 ; Winters et Anderson, 2000 ; Petit et al., 2015). Tous ces auteurs suggèrent qu’il est important de procéder à des actions de prévention auprès des adolescents afin de diminuer ces risques. L’objectif serait de leur fournir des pistes pour comprendre les pièges des JAH. Nous présentons ici les premiers résultats du programme « Bien Jouer ». 

 Méthodologie : Deux phases d’expérimentation ont eu lieu auprès de deux lycées de deux. régions de France. Les participants ont été répartis en groupes de 8 à 9 élèves

 Résultats : L’échantillon total (phase 1 et 2) était composé de 178 participants (117 garçons et 61 filles). Parmi eux, 56 % avait déjà joué à un JAH au cours des 12 derniers mois avec une première expérience à l’âge moyen de 11,7 ans (écart-type : 3,8). Certains jeunes  prennent plus conscience des risques associés aux JAH suite à l’intervention. Les croyances erronées associées au JAH diminuent de façon significative. Par ailleurs concernant les relations aux proches, après les interventions, huit jeunes ont repéré des comportements à risque dans leur entourage et six déclarent avoir l’intention d’en parler avec ces personnes.

 Discussion : Ces activités de prévention éducationnelle comprennent des éléments de psychoéducation et s’inspirent des techniques des entretiens motivationnels et des thérapie cognitivo-comportementales. Cette intervention adaptée du programme québécois « Bien joué » est efficace et fut bien perçue par les participants.

 

6. Tests Cognitifs Mobiles pour les Interventions et les Recherches TCC

Auteurs : Alexandra Bouvard, MS, 

Introduction. Les technologies mobiles sont de plus en plus utilisées dans la recherche et les interventions TCC, mais elles ont ignorées ce qui constitue la caractéristique la plus commune des troubles mentaux: les déficits cognitifs.

 Méthode. Les patients atteints de schizophrénie (n=33), d'addiction (n=33) et les témoins sains (n=27) ont effectués des tests mobiles de performance exécutive quatre fois par jour pendant une semaine, ainsi que des mesures des symptômes. Un contenu unique a été développé pour chaque test mobile individuel.

 Résultats. La compliance avec les tests mobiles était élevée dans tous les groupes (80% à 91%) et les scores ont démontrés une validité convergente avec les évaluations neuropsychologiques traditionnelles. La performance exécutive était associée à la survenue de nouveaux symptômes au cours des heures suivantes de la journée (coefficient = 0,06, p <0,05) ainsi qu’avec des marqueurs cérébraux du dysfonctionnement du contrôle exécutif (coefficient =0,81,  p<.001).

 Discussion. Les déficits cognitifs sont supposés être les conséquences stables des troubles mentaux et ils ont rarement été examinés en tant que prédicteurs dynamiques de la survenue des symptômes. Les tests cognitifs mobiles offrent une nouvelle possibilité d’identifier les prédicteurs des symptômes en temps réel et de fournir des nouvelles interventions TCC.

 

7. Expérimentation du programme In vivo auprès de jeunes âgés entre 9 et 12 ans présentant un profil anxio-dépressif

Auteurs : Baril, Marie-Pier, étudiante à la maitrise en psychoéducation à l'UQÀT 

L’anxiété et la dépression sont en croissance chez les jeunes, ce qui en font des préoccupations incontournables de santé publique. La prévalence des troubles mentaux aurait doublé au cours des 10 dernières années chez les jeunes. Il est démontré qu’intervenir en prévention des troubles mentaux s’avère un investissement pour en réduire leur incidence. Les objectifs de l’étude sont : 1) évaluer la fidélité d’implantation du programme In vivo auprès de quatre participants âgés entre 9 et 12 ans ; 2) documenter la démarche d’implantation; 3) mesurer l’effet de la participation au programme sur la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) nocturne.

Cette étude évaluative est de type mixte et comprend des données qualitatives, quantitatives et biométriques. La méthodologie s’inscrit dans une stratégie de recherche exploratoire avec un devis à cas multiple.

Les résultats ont permis de faire ressortir plusieurs facteurs à considérer afin d’optimiser une implantation réussie du programme In vivo auprès de la clientèle 9 -12 ans et que le programme est adapté à ce groupe cible. Les résultats sur la VFC ne permettent pas d’avancer des effets positifs de manière significative, mais les données qualitatives suggèrent que les jeunes perçoivent des changements importants dans leurs quotidiens.

 

8 . Effects of heart rate variability biofeedback training in athletes exposed to stress of university examinations

Auteurs : Deschodt-Arsac V, Lalanne R, Spiluttini B, Bertin C, Arsac LM

INTRODUCTION:

 Heart rate variability biofeedback (HRV-BFB) training, a method whereby one controls an unusually low breathing rate to reach cardiac coherence, has been shown to reduce anxiety and improve cardiac autonomic markers in diseased people, but much less is known about HRV-BFB benefits in healthy people. Here we investigated potential benefits in young competitors experiencing stress during university examinations as well as persistence of benefits after HRV-BFB training cessation.

  METHODS:

 A group of sports students (n = 12) practiced 5-min HRV-BFB training twice a day for 5-weeks using URGOfeel® (URGOTECH) and was compared to a control group (n = 6). University examinations occurred immediately after HRV-BFB training (Exam1), then 12-weeks later (Exam2). Anxiety markers and cardiac autonomic markers were assessed at baseline, Exam1 and Exam2. Principal Component Analyses (PCA) that combined all these markers were computed at Exam1 and Exam2 to emphasize covariations.

  RESULTS:

 At Exam 1, immediately after HRV-BFB training cessation, the experimental group demonstrated greater autonomic markers but similar states of anxiety when compared to the Control group. Twelve weeks later at Exam2, autonomic markers were greater and anxiety scores were lesser among the experimental group. PCA highlighted covariations only within cardiac autonomic markers at Exam1. Rather, variations in cardiac markers were associated with anxiety markers at Exam2.

  CONCLUSION:

 Short sessions of HRV-BFB training for a brief period of 5 weeks bring substantial benefits to autonomic markers and anxiety levels in young competitors. Here beneficial effects persisted for 12 weeks. Dissociated profiles of anxiety and cardiac autonomic adaptations shed new light on the role of the amygdala in heart-brain interactions after cardiac coherence training.

 

22/10/2018