Symposium 2 : Les fondations théoriques des TCC mises en oeuvre thérapeutique

 

1. L’auto-critique; de l’approche cognitive à la Compassion. Exploration conceptuelle et clinique de Beck 1983 à Gilbert 2014

Auteurs : Isabelle Leboeuf, Pr. Pascal Antoine

L'autocritique est un mécanisme qui permet un ajustement comportemental à des événements inattendus. Il est décrit comme ayant pour fonction d'éviter l'apparition d'événements aversifs par inhibition comportementale (Longe et al., 2010) ou d'obtenir une validation et un soutien social (Powers & Zuroff, 1988). Ce processus constitue également un facteur de risque de développement et de maintien d'un fonctionnement psychologique inapproprié générant des souffrances. Un certain nombre de chercheurs se sont intéressés au rôle de l'autocritique en psychopathologie montrant l'importance d'étudier ce mécanisme transdiagnostique central dans le développement de nombreuses pathologies telles que la dépression (Beck, 1983, Beck, Epstein & Harrison, 1983, Blatt, D'Afflitti et Quinlan, 1976, Blatt et Zuroff, 1992, Zuroff, Mongrain et Santor, 2004), le syndrome de stress post-traumatique (Cox, MacPherson, Enns et McWilliams, 2004) et la sévérité de ses symptômes ( Southwick, Yehuda et Giller, 1991, Yehuda, Kahana, Southwick et Giller, 1994), la phobie sociale (Cox, Fleet et Stein, 2002), le trouble panique (Bagby et al., 1992), l'anxiété généralisée avec un effet médiateur de soi -shame (Hedman, Ström, Stünkel & Mörtberg, 2013).

 Nous présenterons les implications cliniques de l’évolution de ce concept.

Bagby, R. M., Cox, B. J., Schuller, D. R., Levitt, A. J., Swinson, R. P., & Joffe, R. T. (1992). Diagnostic specificity of the dependent and self-critical personality dimensions in major depression. Journal of Affective Disorders, 26(1), 59-63.
Beck A. T., Epstein, N., & Harrison, R. (1983). Cognitions, attitudes, and personality  dimensions in depression. British Journal of Cognitive Psychotherapy, I, 1-16.
Beck, A. T. (1983). Cognitive therapy of depression: New perspectives. Dans P. J. Clayton & J. E. Barrett (Eds.), Treatment of depression: Old controversies and new approaches (pp.265-290). NewYork : RavenPress.
Blatt, S. J., D’Afflitti, P. & Quinlan, D. M. (1976). Experiences of depression in normal young adults. Journal of Abnormal Psychology, 85, 383-389.
Blatt, S. J., & Zuroff, D. C. (1992). Interpersonal relatedness and self-definition: Two prototypes for depression. Clinical Psychology Review, 12, 527-562.
Cox, B. J., MacPherson, P. S., Enns, M. W., & McWilliams, L. A. (2004). Neuroticism and self-criticism associated with posttrau- matic stress disorder in a nationally representative sample. Behaviour Research and Therapy, 42, 105–114.
Cox, B. J., Walker, J. R., Enns, M. W., & Karpinski, D. C. (2002). Self-criticism in generalized social phobia and response to cognitive-behavioral treatment. Behavior Therapy, 33, 479–491.
Hedman, E., Ström, P., Stünkel,  A., & Mörtberg, E. (2013). Shame and guilt in social anxiety disorder: effects of cognitive behavior therapy and association with social anxiety and depressive symptoms.
Longe, O., Maratos, F.A., Gilbert, P., Evans, G., Volker, F., Rockliffe, H., & Rippon, G. (2010). Having a word with yourself: Neural correlates of self-criticism and self-reassurance. NeuroImage, 49, 1849-1856.
Powers, T.A, & Zuroff, D.C. (1988). Interpersonal consequences of overt self- criticism: A comparison with neutral and self-enhancing presentations of self. Journal of Personality and Social Psychology, 54(6), 1054-1062.
Southwick, S. M., Yehuda, R., & Giller, E. L. (1991). Characterization of depression in war-related posttraumatic stress disorder. American Journal of Psychiatry, 148, 179-183.
Yehuda, R., Kahana, B., Southwick, S. M., & Giller, E. I. (1994). Depressive features in Holocaust survivors with post-traumatic stress disorder. Journal of Traumatic Stress, 7(4), 699-704.
Zuroff, D. C., Mongrain, M., & Santor, D. A. (2004). Conceptualizing and measuring personality vulnerability to depression : Comment on Coyne and Whiffen (1995). Psychological Bulletin, 130(3), 489-511.

 

2. Émergence des pensées autorisant le passage à l'acte suicidaire dans la population générale : étude exploratoire

Auteurs : Del-Monte Jonathan, MCF Université de Nîmes, Tabusso, Pauline, Psychologue clinicienne, Graziani, Pierluigi, Pr Université de Nîmes

Introduction :

 Le modèle des pensées ASP (anticipatoires, de soulagements et permissives) initialement proposé dans les pathologies addictives (Beck et al., 1993) a démontré également sa pertinence dans la compréhension du passage à l’acte suicidaire (Hatteschweiler & Graziani, 2014). Cette étude exploratoire a pour objectif d’évaluer l’émergence des pensées ASP au sein des différents clusters dépressifs.

Méthodes :

 51 étudiants ont été recrutés. L’inventaire de dépression de Beck (BDI), l’échelle de désespoir (H), l’échelle de l’Ambivalence suicidaire (EAS), ainsi que l’UPPS échelle d’impulsivité ont été utilisées. Les participants étaient répartis selon les différents clusters de la BDI : absence de dépression (n=19), léger (n=11), modéré (n=11) et sévère (n=10).

 Résultats :

 Les résultats soulignent la présence des pensées ASP dès le cluster léger. Les traitements statistiques démontrent la présence d’un seuil favorisant l’émergence des pensées P au sein du cluster léger de la BDI (seuil : 17). Plus spécifiquement, les pensées APS étaient positivement corrélées à la dimension « manque de persévérance » de l’échelle d’impulsivité.  

 Conclusion :

 Ces résultats démontrent la présence de pensées pouvant conduire au passage à l’acte suicidaire dès le cluster léger, et soulignent l’importance de l’évaluation des risques dans un tableau clinique dépressif peu caractérisé.

 Références :

 Beck, A.T., Wright, F.D., Newman, C.F., & Liese, B.S. (1993). Cognitive therapy of substance abuse. New York: Oxford Press.

 Hatteschweiler & Graziani (2014). Mesure de l’ambivalence suicidaire : validation psychométrique de l’EAS. Thèse de doctorat. Aix-Marseille université.

 

3. Comparaison d’efficacité entre les TCC et l’Hypnothérapie : Impact cognitif et complémentarité

Auteurs :  BESSON Katia, Psychologue

Plusieurs techniques issues des Thérapies Cognitives et Comportementales ont pour objectif de modifier des associations mnésiques anxiogènes ou d'atténuer l'impact de structures mnésiques profondes (croyances irrationnelles, schémas cognitifs) sur les pensées et les émotions des patients.

 L’hypnose entraine un phénomène de dissociation caractérisé notamment par un blocage de certaines fonctions cognitives de direction et de contrôle, laissant d’autres activités et contenus non conscients fonctionner de façon automatique. Notre hypothèse est que certaines suggestions, en situation de dissociation hypnotique, pourraient impacter les structures mnésiques inconscientes, de façon à compléter et à renforcer le travail en TCC.

 Il est possible de concevoir un protocole d’Hypnothérapie Cognitive et Comportementale basé sur les fondements théoriques des TCC, composé de séances de TCC et complété par des séances d’hypnose : exposition progressive en état hypnotique, travail sur les pensées alternatives et sur les schémas en état hypnotique… 

 Nous cherchons à comparer l’impact thérapeutique des TCC par rapport à l’hypnothérapie cognitive et comportementale pour des patients présentant des troubles anxio-dépressifs. L’efficacité des interventions thérapeutiques est évaluée à l’aide d’échelles d’évaluation standardisées (BDI et HAD). Les résultats sont comparés à ceux d’un groupe contrôle composé de patients bénéficiant de séances de soutien. 

 Les premières évaluations portant sur 30 patients montrent une supériorité de l’HCC sur les TCC et  sur le groupe contrôle. 

 

4. Efficacité des interventions psychothérapeutiques chez les enfants et adolescents TDAH avec une dysrégulation émotionnelle

Auteurs : Mme Vacher Cécile, Psychologue, Mme Goujon Allison, Psychologue, Pr Purper-Ouakil Diane, PU-PH, Pr Lucia Romo, Professeur de Psychologie

Le Trouble Déficit de l’Attention avec/sans Hyperactivité (TDAH) est un trouble neurodéveloppemental ayant des répercussions durables sur la vie de l’enfant et de sa famille. Le TDAH est fréquemment associé à une dysrégulation émotionnelle qui se caractérise par des réactions émotionnelles excessives et inappropriées par rapport aux normes sociales (Shaw & al., 2014). Selon les études (Sobanski & al., 2014 ; Shaw & al., 2014), entre 24 et 75%  des enfants TDAH présentent une dysrégulation émotionnelle.

 Une revue de littérature a été effectuée auprès de plusieurs bases de données (Pubmed, PsychInfo…) afin de répertorier les interventions psychothérapeutiques existantes proposées aux enfants TDAH avec une dysrégulation émotionnelle.

 Trois études randomisées contrôlées, deux études quasi-expérimentales et trois études non contrôlées ont été sélectionnées et analysées. La majorité des traitements psychothérapeutiques sont des thérapies comportementales ou cognitivo-comportementales. Les études montrent que ces traitements permettraient de réduire les symptômes émotionnels (irritabilité, dépression), les comportements agressifs et d’améliorer le fonctionnement général de l’enfant TDAH. Toutefois, le manque d’études contrôlées randomisées, de mesures standardisées et communes centrées sur la dysrégulation émotionnelle et la taille restreinte des échantillons ne permettent pas de généraliser les résultats et conclure aux effets bénéfiques de ces interventions.

 

5. Rôle de la stigmatisation intériorisée et des symptômes de l'enfant dans la détresse psychologique des mères d'enfants TDAH

Auteurs : Dr Charbonnier Elodie, MCF, Unimes, Dr Caparos Serge, MCF-HDR, Unimes, Dr Tremolière Bastien, MCF, Unimes

Les mères d'enfants TDAH présentent souvent des niveaux élevés de détresse. Comprendre l'origine d'une telle détresse est une partie essentielle de la prise en charge des enfants. Des études ont montré que les symptômes des enfants sont liés à la stigmatisation intériorisée des mères et que celle-ci peut venir aggraver la détresse de ces mères. Cependant, aucune étude n'a exploré ensemble les liens entre les symptômes de l’enfant, stigmatisation intériorisée et détresse de la mère. Nous avons testé (1) si l’intensité des symptômes des enfants favorise la stigmatisation intériorisée des mères, ce qui à son tour contribue à générer de la détresse, et (2) si ces relations varient en fonction du sexe de l’enfant. Nous avons interrogé 159 mères ayant un enfant TDAH. Quatre variables pour évaluer la détresse des mères ont été retenues: l’anxiété, la dépression, l’estime de soi et la satisfaction de vie. Les symptômes des enfants et la stigmatisation intériorisée des mères ont également été mesurés. Nos résultats montrent que la détresse des mères est positivement liée à la stigmatisation et aux symptômes de leurs enfants, mais seulement chez les mères de garçons. Les interventions psychosociales des mères d'enfants TDAH doivent donc être ajustées en fonction du sexe.

 

6. L’alliance thérapeutique à l’épreuve du trauma : la dimension relationnelle dans le cas des traumas complexes

Auteurs : Malik AIT AOUDIA, Docteur en psychologie, psychologue clinicien, Centre du psychotrauma Institut de victimologie, Paris

Introduction : les traumas complexes sont une des conséquences des maltraitances et violences subies à l’enfance.  Ils se distinguent des autres formes de traumas par plusieurs caractéristiques comportementales, cognitives et émotionnelles, impliquées dans les différents schémas de dysfonctionnements qui persistent jusqu’à l’âge adulte. 

 Méthode : illustrer à travers deux vignettes cliniques les implications que peuvent avoir les schémas interpersonnels sur la relation thérapeutique et le cadre thérapeutique.

 Résultats : la relation d’aide thérapeutique, chez les patients souffrants de trauma complexes, est négativement impactée par les schémas interpersonnels traumatiques. Leur  identification permet de prévenir les évitements relationnels et les blocages au cours de la thérapie, voire la mise en échec du contrat thérapeutique.  

 Discussion/Conclusion : nous discuterons l’intérêt et la pertinence d’une évaluation systématique des modèles relationnels dans le traitement des traumas complexes. Nous aborderons également l’importance que peut revêtir l’identification de ces schémas pour le thérapeute dans son positionnement et la co-construction du contrat thérapeutique.  

 

7. Rôle des pensées répétitives sur la relation entre le perfectionnisme et le sommeil

Auteurs : Trupin Estelle - Etudiante en Master 2 de Psychologie spécialisée en Thérapies Cognitives et Comportementales, Pr. Douilliez Céline - Professeure des Universités

Introduction : Les difficultés de sommeil ont un impact délétère sur le fonctionnement des individus. L’objectif de la présente étude est d’examiner si les pensées répétitives—qui jouent un rôle central dans l’apparition et le maintien des troubles du sommeil—sont des médiateurs de la relation entre les préoccupations perfectionnistes—qui sont fréquentes chez les personnes souffrant d’insomnie—et  le sommeil (insomnie et qualité de sommeil).

 Méthode : 123 participants ont complété cinq questionnaires sur internet évaluant les efforts et les préoccupations perfectionnistes, l’insomnie, la qualité du sommeil, et les pensées répétitives (analytiques-abstraites et concrètes-expérientielles).

 Résultats : Une analyse de médiation a mis en évidence un effet indirect des pensées analytiques-abstraites, à la fois sur les relations entre les préoccupations perfectionnistes d’une part, et les efforts perfectionnistes d’autre part, avec l’insomnie, d’une part, et la qualité de sommeil, d’autre part.  

 Conclusion : Les résultats soulignent l’importance de prendre en considération les tendances perfectionnistes et les pensées répétitives analytiques-abstraites dans le traitement des difficultés de sommeil afin d’optimiser celui-ci.  

 

8. Effet d'une Intervention cognitive brève dans le TAG

Auteurs : Dr Christophe DUFOUR, Consultation de l'anxiété, Var, Toulon, France

Introduction : présentation de la problématique (cas) et des questions soulevées

Bien que le diagnostic de TAG a été introduit par le DSM III en 1980, il reste encore incompris et pas moins de 5 théories explicatives co-existent. Toutes ces théories considèrent le souci comme étant l’élément central de cette pathologie et comme une stratégie d’évite- ment dysfonctionnelle.

Les protocoles de prise en charge psychothérapeutiques basés sur ces théories sont longs (souvent une dizaine d’heures) et complexes, recourant à l’apprentissage de la relaxation, l’exposition à l'incertitude, l’apprentissage de la résolution de problèmes, l’apprentissage à la reconnaissances des émotions, l’affirmation de soi, la restructuration cognitive, la méditation, les technique d'imageries mentales.

L’importante prévalence du TAG, sa co-morbidité habituelle avec les autres troubles anxieux et les troubles de l’humeur, fait qu’il est un facteur de complication fréquent et qu’il est intéressant de developper une prise en charge rapide et simple.

Présentation de la prise en charge : nombre de séances, étapes et points forts du suivi

Je propose de décrire les modalités d’une intervention cognitive brève, centrée sur les croyances centrales du TAG, à travers un cas clinique. Je décrirai les précautions à prendre, l’intervention elle-même et comment la présenter au patient.

Conclusion et discussion : intérêts de ce suivi, de cette problématique

L’intervention que je propose ne porte pas sur les soucis mais sur les croyances. Le comportement à l’origine des soucis n’est pas considéré comme dysfonctionnel et la prise en charge recourt uniquement à la restructuration cognitive. L’intervention est facile et elle est bien acceptée par les patients.

Cette intervention brève est maintenant utilisée en routine dans la prise en charge des patients souffrant de troubles anxieux au sein de ma consultation spécialisée.

 

22/10/2018