European Association for Behavioural and Cognitive Therapies (EABCT)
41th Annual Congress

Reykjavik

Par Annick PONSETI-GAILLOCHON et Frédéric CHAPELLE 

 

                   

Certainement une grande première pour un congrès de l’EABCT : la présence du président de la république d’Islande à l’ouverture dans le tout nouveau centre de concerts et de congrès de Reykjavik, l’HARPA. C’est tout à la fois surprenant et tout à fait dans le contexte de ce pays.

Quelques chiffres rapides : 320.000 habitants, 14°C au meilleur de la journée en plein été, une superficie de 103.000 km,12% de glaciers, 40% de sable et seulement 1% de terres cultivées, des volcans... qui sont restés calmes pendant notre séjour. Donc, une population peu nombreuse mais chaleureuse malgré ses températures !

Les participants : ce congrès à Reykjavik a réuni plus de 1 200 participants (quarante-trois pays) venus des quatre coins de l’Europe, mais aussi du Canada et des Etats-Unis qui ne sont pas si loin et même d’Australie, du Japon ou encore d’Afrique du Sud. Les français était peu nombreux (une petite vingtaine) largement loin derrière les islandais (of course), les hollandais, anglais, norvégiens, allemands... cela n’a pas empêché ceux qui sont venus de défendre les travaux qu’ils mènent en présentant dix posters et deux communications orales.

Le lieu : situé proche du centre-ville, où se déroulaient également des ateliers répartis dans différents hôtels, le site de l’HARPA a permis que l’organisation soit performante en termes de distance entre les différents lieux.

               

Le programme :

D. Clark, juste après un petit concert dans le grand amphithéâtre de l’Harpa, a introduit les Journées de l’EABCT.

198 thèmes se sont alternés au cours de ces journées, 12 ateliers pré-congrès du mercredi traitant de thèmes aussi variés et connus que :

  • -  La thérapie des schémas dans le trouble de la personnalité borderline,

  • -  L’efficacité de la thérapie cognitive concernant la phobie sociale,

  • -  Journée préliminaire intégrant la lecture expérientielle, les entrainements cliniques, théorie et recherche en MBCT,

  • -  L’organisation des projets pratiques de prévention dans la pratique de la prise en charge des dépressions,

  • -  La thérapie cognitive et comportementale de la dépression chez l’enfant: une approche modulaire,

  • -  Conceptualisation, évaluation et traitement du PTSD chez les enfants et les adolescents,

  • -  Le choix du changement : une thérapie cognitive du TOC,

  • -  Traitement intensif et efficace de la phobie sociale,

  • -  Thérapie cognitive de la faible estime de soi,

  • -  Introduction à la thérapie centrée sur la compassion de la honte et de l’autocritique,

  • -  Traitement de l’anxiété chez les adolescents : procédures cliniques émanant de la littérature concernant les thérapies cognitive, comportementale, développementale et familiale,

  • -  Thérapie dialectique pour les adolescents : traitement de la dérégulation émotionnelle et de l’auto-préjudice non suicidaire.

Puis, des ateliers se déroulant sur une demi-journée, jeudi, vendredi et samedi, durant le congrès proprement dit :

  • -  La thérapie cognitive des psychoses,

  • -  Arguments pour une collaboration conceptuelle en thérapie cognitive et comportementale,

  • -  TCC groupale du TOC (détails plus loin),

  • -  Etat clinique de la TCC chez de jeunes anxieux,

  • -  Thérapie personnelle, entraînement, accompagnement et pratique intermédiaire : aspects positifs de la TCC pour réduire la détresse et construire le succès,

  • -  Application de la relaxation : une technique souple de coping en TCC,

  • -  Trauma, TCA et comorbidité : recherche, évaluation et traitement,

  • -  Technique de régulation émotionnelle : données cliniques (détails plus loin),

  • -  Traitement du trouble dysmorphophobique,

  • -  COMET (entraînement à la mémoire compétitive) pour la faible estime de soi (détails plus loin),

  • -  Application de la mindfulness pour les enfants et adolescents souffrant de trouble de l’attention et de l’hyperactivité (AHAD) et leurs parents,

  • -  Motivation et changement : TCC appliquée aux addictions,

  • -  Thérapie de résolution de problème : une approche transdiagnostic,

  • -  Prévention de la rechute avec une TCC brève,

  • -  Traitement TCC de l’hypocondrie,

  • -  Imagery rescripting : retraitement des images dans le PTSD,

  • -  Conscience de soi, auto-régulation et acceptation de soi en tant que valeur sociale chez les enfants et adolescents phobiques sociaux,

  • -  Nouvelles approches cognitives et comportementales dans les troubles bipolaires,

  • -  Thérapie cognitive et comportementale pour le traitement du mauvais usage de substances

    coexistant avec des troubles mentaux chez les patients,

  • -  Un jeu sous forme de thérapie cognitive et comportementale par ordinateur, en ligne avec leur thérapeute,

  • -  La thérapie des schémas pour le trouble de la personnalité borderline.

               

Comme on peut le voir, les différents troubles et leur prise en charge TCC sont représentés dans ces différents ateliers qui tiennent compte des innovations dans le domaine des TCC.

Difficile évidemment de détailler chaque atelier et/ou les symposiums qui sont au nombre de 198.
Un thème largement représenté concerne notamment la MBCT, qu’on retrouve dans de nombreux symposiums, mais également tout ce qui concerne l’approche des troubles de la personnalité, ainsi que les troubles bipolaires.

Commençons par parler de l’intervention de Tim Dalgleish (Angleterre) particulièrement intéressante par le regard critique porté sur le monde d’incompréhension qui peut séparer les cliniciens des chercheurs. Pointant tout à la fois l’utilisation de langages différents (essayez de parler avec un statisticien qui vous explique pourquoi il faut utiliser plutôt telle donnée que telle autre ou encore avec un radiologue qui vous expliquera comment marche l’IRM fonctionnelle et ce que vous pouvez en attendre), le regard généraliste du clinicien sur l’ensemble que représente le patient avec son trouble et celui axé sur des points spécifiques du scientifique, mais surtout l’absence de travail d’équipe (par manque d’infrastructures adéquates, de finances...). Il a rappelé aussi très justement combien c’est important d’avoir des traitements qui marchent mais aussi l’importance de comprendre pourquoi ça marche et qu’est-ce qui marche exactement dans le traitement que l’on met en place. Soulignant au passage que par exemple lors d’une thérapie d’exposition comportementale l’intensité de la peur peut avoir un intérêt, mais qu’il convient de savoir quelle partie du cerveau est alors mise en place selon l’intensité de cette peur (c’est d’abord l’amygdale qui va agir et quand la peur est trop intense c’est le mésencéphale. Pour plus d’info voir le papier de Mobbs et al. de 2010).

Autre domaine, autre approche, celle de Torki Berge (Norvège) qui s’attaque à l’importance que les patients retournent à leur travail (assez vite !) lors de la prise en charge de troubles psychiatriques. Peu d’études sont présentées pour soutenir son propos, mais retenons quelques idées : la dépression secondaire à une pathologie organique est un facteur prédictif fort de non-retour au travail, il note que les dépressions et troubles anxieux présents chez des travailleurs concernent surtout des sujets qui ont un niveau scolaire plutôt élevé (enseignants, médecins, police, et même psychologues) laissant penser qu’ils seraient plus accessibles à la thérapie ce qui ne se retrouve pas pourtant dans les faits, les chômeurs font plus de dépressions que les travailleurs, que lors de dépressions ce sont les symptômes résiduels (en particulier trouble de la mémoire) qui sont gênants soulignant donc l’importance du retour au travail de façon flexible (type mi-temps thérapeutique), avec un environnement professionnel aidant et le maintien du soutien.

Nous passons maintenant en Hollande avec Kees Korrelboom et son atelier sur l’estime de soi en groupe. L’originalité de cette approche dénommée COMET pour COmpétitive MEmory Training est d’être multiaxiale et de tenir compte de l’existence d’un manque d’estime de soi indépendamment de la pathologie. L’approche est intéressante, plusieurs travaux sont cités en référence, mais ce qui serait surtout intéressant c’est d’avoir des comparaisons avec des thérapies de groupe classiques. Dans cette thérapie de groupe, il y a tout à la fois de la thérapie cognitive (avec un traitement socratique, de la restructuration et une fixation sur les pensées positives), un travail d’écriture où les sujets relèvent les aspects positifs de leur quotidien dont ils pourraient tirer une bonne estime pour eux-mêmes, un travail d’imagerie mentale, un autre sur la posture physique à adopter (expression corporelle et faciale), d’association de la musique pour renforcer l’imagerie, les cognitions et la posture. Est-ce donc l’ensemble qui apporte le bénéfice, certaines parties, l’association de certaines entre-elles ? Ou encore la performance du thérapeute indépendamment de la technique utilisée ?

Un petit saut au Canada avec l’atelier d’Ingrid Sochting sur la thérapie de groupe du TOC. Rien de nouveau ou de spécifique par rapport à ce que nous faisons déjà en France, mais un échange entre les participants qui animent des groupes de TOC et ceux qui les reçoivent en individuel. L’occasion nous était donné de présenter nos propres cas, après une première partie de matinée didactique qui reprenaient le déroulement des groupes sur douze séances, à savoir :

 

  • -  des tests pré et post-group (BDI, BAI, YBOCS),

  • -  trois à quatre sessions portent sur l’aspect psychoéducatif : 1ère étape, réétiquetage ; 2ème étape,

    réattribution,

  • -  sept à huit sessions concernant : les exercices d’exposition individuelle et de prévention de la réponse selon les différents groupes (laveurs, vérificateurs...),

  • -  la douzième session étant consacrée à la mise en place de plan de stratégies thérapeutiques pour que les patients puissent continuer par eux-mêmes les exercices et prévenir les rechutes.

    I. Sochting a délivré un manuel spécifique pour les thérapeutes et un autre pour les patients. En somme une supervision pour ceux qui pratiquent les groupes de patients souffrant de TOC, pour les autres l’occasion de discuter des effets du groupe par rapport à ceux de la prise en charge individuelle.

    Un atelier d’un tout autre genre et particulièrement suivi, c’est celui Marsha Linehan. Il se déroulait en amphi, avec 250 personnes inscrites, aussi peut-on encore parler d’atelier ?
    Quoiqu’il en soit, il portait sur le thème cher à M.Linehan et où elle excelle, celui de la thérapie dialectique et cognitive pour les troubles de la personnalité borderline et les patients suicidaires, et portait particulièrement sur la régulation des émotions.

    Une première partie de matinée reprenait les concepts, la seconde partie plus axée sur l’aspect pratique et les différentes étapes à suivre dans ce type de prise en charge psychothérapeutique. Cette approche est centrée sur quatre étapes : la pratique de la mindfulness, la tolérance à la détresse, l’efficacité interpersonnelle et la régulation des émotions. Ce thème a d’ailleurs été repris en symposium, en fin d’après-midi par M.Linehan.

    Notons les travaux présentés sur le PTSD. Une communication norvégienne intéressante sur des travaux de recherche sur le PTSD associé à l’impact de la honte, la culpabilité ou la colère. D’où il ressort que plus le niveau de honte est important plus les symptômes du PTSD sont élevés (c’est aussi le cas pour la culpabilité bien que moins fortement lié). Ce qui implique la nécessité de travailler en thérapie sur ces émotions. C’est l’arrivée aussi des premières communications sur les écarts entre le DSM V et le DSM IV concernant la formulation des critères diagnostic du PTSD, bien qu’il ne soit pas encore définitif. Un regard sur le PTSD et les comorbidités pathologiques chez les enfants d’une dizaine d’années, puis les ruminations dans le PTSD, aussi bien chez les patients dépressifs traumatisés ou non, avec utilisation de la mindfulness, une autre présentation sur la prise en charge associative des troubles physiques et psychiques pour les sujets souffrant de deuil traumatique, et enfin la prévention du stress post-traumatique chez les enfants suite à des catastrophes et utilisation de la mindfulness.

    Ces présentations concernent des études contrôlées. Comme on peut le remarquer à nouveau, cette approche est largement utilisée.

    Un petit côté novateur se fait jour chez les chercheurs qui se lancent dans l’utilisation de nos smartphones (Ipod et autres) pour soit développer des études ou encore tenter des traitements (les résultats que nous avons vus -sur l’utilisation du téléphone portable dans la phobie sociale- étaient très loin d’être concluants).

    La difficulté, lors de ce type de congrès, consiste à pouvoir assister à un maximum de communications, de pouvoir étudier les posters en parallèle, sans passer son temps à courir d’une salle à l’autre, compte tenu du nombre de communications particulièrement intéressantes mais également de pouvoir bien saisir les nuances de la pratique de l’anglais, en fonction des différents accents inhérents à la diversité des nationalités dans un tel congrès international, ce qui demande un réel effort d’attention.

    Sans détailler chaque journée, la fin du congrès s’est déroulée après le symposium de Président de l’EABCT, le Pr. Ollendick concernant la psychopharmacologie et les interventions psychosociales chez les jeunes montrant l’utilisation excessive des psychotropes (anxiolytiques, neuroleptiques, Ritaline) et posant ainsi des questions éthiques. Enfin, L. Bizzini a présenté le prochain congrès européen à Genève en 2012 suivi par les remerciements de l’organisateur du congrès et le cocktail de fin de congrès.

Cette manifestation a permis également de rencontrer nos collègues des autres associations et de pouvoir tisser quelques liens qui permettront la venue de certains orateurs lors de nos prochaines Journées de l’AFTCC.

         

 

19/06/2013