Retrouvez en pièce jointe l'article du GIE dysfonctions sexuelles à paraitre dans le Contingences de Juillet.
Introduction
Les difficultés sexuelles du couple sont fréquemment conceptualisées comme des troubles
individuels du désir, de l'excitation ou de la réponse sexuelle. Cette perspective conduit
naturellement le clinicien à rechercher, chez chacun des partenaires, les cognitions, les
émotions ou les comportements responsables de la difficulté.
Cette approche demeure indispensable mais elle présente une limite importante : la sexualité
est avant tout une interaction entre deux individus autonomes. Chaque partenaire possède ses
propres motivations, son propre niveau d'éveil physiologique, ses propres préoccupations, ses
propres fantasmes, ses propres intentions et ses propres disponibilités. Rien ne garantit que
ces différents processus soient spontanément synchronisés.
Autrement dit, les partenaires ne sont pas naturellement synchronisés sexuellement. Leur
fonctionnement psychologique est autonome. La synchronisation sexuelle constitue une
compétence relationnelle qui doit être continuellement construite et reconstruite au cours de la
vie du couple.
Cette perspective conduit à déplacer légèrement le regard clinique. La question n'est plus
uniquement de savoir pourquoi l'un des partenaires n'a pas de désir, mais comment deux
systèmes psychologiques autonomes parviennent — ou échouent — à coordonner leurs
motivations, leurs intentions et leurs comportements afin de construire une expérience
sexuelle partagée.
La communication ouverte représente un levier essentiel de cette coordination. Cependant,
elle apparaît souvent insuffisante lorsqu'elle ne s'accompagne pas d'un apprentissage plus
fondamental des compétences interactionnelles nécessaires à la synchronisation du désir.
Dans notre pratique clinique, deux compétences complémentaires semblent particulièrement
importantes.
La première concerne la réceptivité sexuelle. Lorsqu'un partenaire est engagé dans une
activité non sexuelle, la synchronisation suppose qu'il puisse suspendre momentanément son
intention en cours afin de devenir disponible aux informations sexuelles produites par l'autre.
Cette disponibilité ne consiste pas simplement à écouter un message verbal, mais à orienter
volontairement son attention vers les sensations multimodales transmises par son partenaire :
le regard, la voix, la proximité, le toucher, la respiration, les expressions émotionnelles, les
gestes ou encore les propositions verbales. Cette ouverture attentionnelle ne constitue pas une
obligation de répondre favorablement ; elle permet simplement que la décision d'accepter ou
de refuser repose sur une expérience effectivement perçue plutôt que sur une anticipation ou
une habitude.
La seconde compétence concerne la proactivité sexuelle. Chez certains partenaires, le désir
n'émerge pas spontanément mais peut être construit activement par un travail d'exploration
mentale. Cette compétence consiste à rechercher des scénarios sexuels personnellementexcitants impliquant son ou sa partenaire, à les élaborer, à les communiquer progressivement
puis à organiser leur éventuelle réalisation. Le désir n'est alors plus attendu passivement ; il
devient un processus de construction orienté vers l'interaction conjugale.
L'hypothèse développée dans cette présentation est que certaines difficultés sexuelles ne
relèvent pas principalement d'un déficit individuel de désir, mais d'une rupture de la boucle de
coordination entre ces deux compétences : la capacité d'un partenaire à devenir réceptif aux
sollicitations sexuelles et la capacité de l'autre à construire puis proposer des interactions
suffisamment motivantes.
Le cas présenté illustre cette hypothèse à partir d'une analyse fonctionnelle de l'interaction
conjugale inspirée de l'analyse structuro-fonctionnelle. Deux figures sont proposées : la
première décrit l'organisation interactionnelle qui entretient la désynchronisation sexuelle
(Figure 1) ; la seconde montre comment les interventions comportementales, cognitives et
émotionnelles modifient progressivement cette dynamique jusqu'à permettre une
resynchronisation du couple (Figure 2).
La suite en pièce jointe.