Atelier pré-congrès   
Cas cliniques de deuils prolongés : l'exemple au quotidien de la TCC

           
 

Résumé de l'atelier

 

      

    

 

 

 

  

Dr Alain Sauteraud

Psychiatre  

 

 

Interview

Vous animez un atelier sur le deuil le jeudi 15 décembre 2016 au congrès de l’Aftcc à Paris. Pourquoi ce nouvel intérêt sur le deuil ?
Les études ont démontré ce qu’on savait depuis longtemps : le chagrin normal peut devenir une véritable maladie, qu’on appelle le « deuil compliqué » en France ou le « deuil prolongé » aux USA ou le « deuil complexe et persistant » du DSM-5. 

Peut-on vraiment mourir de chagrin ?
Oui, physiquement d’abord, puisque le deuil augmente la mortalité du survivant. A titre indicatif, la mortalité est doublée chez le veuf et la veuve et est multipliée par quatre chez les parents d’enfants décédés. Et il y a aussi la mort morale, faite d’une nostalgie douloureuse qui ne trouve plus de chemin. Plus simplement, c’est le « mourir de chagrin ». 

Soigner le deuil, est-ce ne plus souffrir ?
Non, car la douleur du deuil est une réaction normale au déchirement causé par la perte, un peu comme la douleur est la sensation normale que l’on éprouve si l’on s’ouvre la main avec un couteau. Cette douleur est à respecter à la condition qu’elle ne fasse pas « perdre les pédales » à l’endeuillé. 

C'est-à-dire ?
Dans le deuil aigu (les six premiers mois), la douleur est normale sauf à s’alcooliser, à avoir des plans suicidaires ou à être incapable de s’occuper de ceux qui ont besoin de vous. 

Quand doit-on intervenir par des thérapeutiques ?
En cas de deuil compliqué, lorsque six mois à un an après le décès, le sujet s’aggrave ou reste à un niveau de souffrance élevée : état de manque envahissant et empêchant, tristesse délabrante, incapacité à réinvestir les plaisirs quotidiens ou les projets. 

Comment l’endeuillé en arrive-t-il là ?
Par de multiples voies qui reviennent à ce que l’endeuillé globalement cherche à faire revivre le défunt (solliciter sans cesse sa mémoire) ou faire comme s’il n’était pas mort (garder intactes ses affaires). 

Y a-t-il des stades de deuil normal ?
Non c’est un mythe réducteur issu de travaux sur les soins palliatifs des sujets en fin de vie. Il n’y a pas de stades de deuil car il n’y a pas deux deuils identiques. Pour un même défunt, il n’y a pas deux endeuillés qui vivent la même chose. C’est particulièrement net entre un conjoint de défunt, sa mère ou sa fille.

En quoi consiste la thérapie comportementale et cognitive du deuil ?
Elle consiste en plusieurs méthodes conjointes ou successives : 1- des expositions aux images avec une invitation du thérapeute à ce que l’endeuillé libère ses émotions, 2- à reconstituer l’histoire de la vie du sujet et non pas l’histoire de sa mort, 3-  ressentir que tout ce que le défunt nous a donné, rien ne pourra nous le reprendre 4- réorganiser ses actions vers des buts plus positifs, et à réinvestir pas à pas les challenges et les plaisirs de la vie, comme le défunt aimé l’aurait souhaité. Aucun être humain ne souhaite que ses êtres chers ne se remettent pas de leur décès. 

Le modèle est-il comportemental au sens des apprentissages ou cognitif au sens des croyances ?
Les deux, mais il relève aussi de deux autres modèles : le modèle émotionnel, qu’on l’appelle « d’exposition » ou « d’acceptation » et le modèle de l’attachement qui trouve là sa grande application clinique et thérapeutique. 

Y a-t-il des chagrins qu’on ne peut surmonter ?
J’ai soigné plus de 100 endeuillés souffrant de deuils compliqués. Je n’ai pas vu de chagrin qui ne puisse trouver de lendemains heureux, même si les deuils d’enfant et les deuils accidentels  sont souvent plus difficiles. De même, la fragilité psychiatrique avant le deuil est un facteur de risque.

Chaque année, l’un d’entre nous décède, chaque thérapeute perd un être cher. Avez-vous un conseil à leur donner ?
Oui, ce serait de garder à l’esprit la « boussole » du deuil normal. Les 4 buts d’un chemin de deuil sont 1- d’accepter de ressentir de la douleur (parler et accepter de pleurer et ne pas éviter), 2-de réaliser la perte (prendre acte de l’absence), 3- relocaliser le défunt (ressentir l’empreinte, accepter l’influence et l’inspiration du défunt) et 4- continuer à réinvestir.

Je suis frappé de constater qu’à chaque conférence que je donne à des endeuillés, ce sont ces quatre principes simples qui éclairent le mieux ces femmes et ces hommes en souffrance.  

Le deuil est reconnu depuis peu comme pouvant générer une pathologie mentale, communément appelée « deuil compliqué », « deuil prolongé » ou encore « deuil pathologique » ou plus récemment « deuil complexe et persistant » (DSM-5, 2013). Le deuil compliqué se caractérise par une douloureuse nostalgie pour le défunt qui manque cruellement à l’endeuillé. Cet « état de manque » chronique du défunt est spécifique du deuil pathologique mais il s’y ajoute des symptômes d’état de stress post-traumatique et d’épisode dépressif. Un à 4% de la population générale et 11% des endeuillés souffriraient de deuil compliqué.

La psychothérapie comportementale et cognitive est connue comme étant plus active que toute autre modalité thérapeutique testée. Les médicaments sont peu utiles dans le deuil prolongé.

Depuis 2012, le Congrès de l’AFTCC a présenté cette pathologie « nouvelle » grâce à des conférences, symposium ou ateliers couronnés par la venue du Pr Holly Prigerson (Cornell University, NY) en 2014.

L’atelier sera centré sur des cas cliniques présentés par l’orateur. Toutefois, les participants sont invités à apporter un cas. L’analyse fonctionnelle et la conceptualisation des cas seront expliquées ainsi que les options thérapeutiques typiques de la thérapie comportementale et cognitive. 

Bibliographie 

« Vivre Après ta Mort ; psychologie du deuil », éditions Odile Jacob, 2012, 288 pages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14/10/2016